Nouveau roman "Trois Petits Pas"

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mercredi 16 septembre 2026

Les sentiers de la gloire (l'après UTMB)

Depuis plusieurs jours, j'ai changé de statut. Il y a une vie avant, et après l'UTMB. Surtout lorsqu'on en repart avec un record dans la besace.
Je ne pensais pas que le trail était à ce point médiatisé. A chaque coin de rue, j'ai désormais droit à une demande d'autographe. Il y a bien entendu les timides, qui n'osent pas s'approcher.

- Non, c'est pas lui. Il est moins grand... Plus trapu... Si, tu crois vraiment ?...

Je fais celui qui n'entend rien. Magnanime, j'offre un sourire avenant et incite les plus réservés à faire un pas dans ma direction. Je ne suis pas avare en temps.

Cette édition 2026 aura signé le début d'une vraie carrière d'athlète. Mais je ne suis pas genre d'homme à me contenter d'un record. Il faut aller plus loin. Je sais que le chemin ne sera pas facile, et que la gloire se fera au prix de grandes concessions. Je sais faire preuve d'abnégation. 
Je vois d'ici les grands titres: "Aux prix d'un immense effort, l'homme a réussi à passer le tiers de sa course à se reposer".

Oui, sur l'UTMB, j'ai passé le quart de ma course à l'arrêt. La marche suivante me paraît facilement atteignable. Il faudra que je m'attaque ensuite à la moitié. J'ai des étoiles plein les yeux rien qu'à l'évocation de cette prouesse.
Se reposer, dormir la moitié de la course. Ma compagne me traite souvent de feignasse. C'est l'occasion ou jamais de lui donner raison. 
La gloire, la vrai, m'attend juste devant les pieds.

Punaise, j'en ai déjà des frissons...




mercredi 9 septembre 2026

UTMB - 5ème (et dernière) partie

Oui, je sais. Là, ça commence à être L'URMB (Ultra Récit du Mont Blanc).
Je commence à vous Ultra Saoûler. En plus, cette manière agaçante de distiller le récit en différentes parties...
Allez, je ne vais pas en rajouter, place aux faits. Vallorcine dans le viseur. 
J'ai passé l'infernale montée des Tzeppes, la mort dans l'âme. Plus de signe de Simon. Simon, mon pote, mon copain, mon héros. Lui avec qui j'ai passé des moments incroyables, partagé les pires peines, les plus grands chagrins. Notre amitié avait traversé les Océans (ou juste la Mer du Nord, entre Calais et Douvre, 30km au bas mot. C'est pas encore la distance d'un Ultra, mais c'est comme si). Cet Anglais qui paraissait si Français...
Oui, j'en fait des tonnes. Quand on est dans le mal, tout est exacerbé. Simon (à prononcer [SAÏMONE]) a disparu à Trient. Je n'ai pas réussi à le motiver pour poursuivre notre invraisemblable, magique, incroyable épopée. Je viens de perdre un pote incroyable avec qui j'ai partagé trois phrases et quelques onomatopées. 

L'obscurité commence à poindre. Verbe poindre. Au présent: l'obscurité point. Je me pose la question de la conjugaison au futur. Poindra ? Alors au passé... Il pointait ? Poignait ? 
Je n'invente rien. Voilà ce qui m'obsède pendant de nombreuses minutes. La conjugaison du verbe poindre à tous les temps et toutes les formes.
J'essaie d'occuper mon cerveau, je commence à divaguer, je vois des bouts de bois se transformer en pain au chocolat. J'appelle Léonie, il est vingt heures, les boulangeries sont fermées. Elle me suggère une pizza. Je vois les parts dégoulinantes de fromage bien gras, l'image me fait rêver, mais ce n'est pas pour ça que je peux aller plus vite.
J'appelle Isa. Elle est rentrée à la maison avec les enfants. 
-Mais on revient te voir à l'arrivée ! me coupe-t-elle d'un coup, alors que je parle d'abandon.
On cale un horaire, neuf heures demain. Je n'ai aucun intérêt à continuer de marcher dans la nuit. Ou alors en mode zombie, à faire peur aux concurrents pour éviter de perdre trop de places.

A Vallorcine, Léonie ne m'a pas abandonné. Je lui avais suggéré de rentrer. Se reposer. Dormir. Je n'avais pas prévu de lui faire vivre une si longue journée. Mais elle est là, fidèle au poste. Avec la pizza. Le coca. Les bonbons. Le saucisson et les cocktails apéro. Manque plus que la bière et le génépi. Au point où j'en suis, autant se mettre une bonne cuite.
-T'as l'air frais, me fait Léonie en rigolant.

Repas du parfait sportif


On partage la pizza, et il est temps pour elle d'aller dormir. Moi, c'est lit de camp. Je prends mes aises (et surtout une couverture) et surtout, je dors.


Qu'elle va être belle, ma nuit


A une heure du matin, mon téléphone me réveille. Je n'ai pas le temps de décrocher. Je cherche dans mon sac mon téléphone. Je farfouille plusieurs minutes, avant de me rendre compte que mon sac n'est pas mon sac, mais celui de mon voisin. 
Oups. Je trouve mon téléphone et pianote sur l'écran, allongé sur le lit. Un visage me dévisage d'en haut.
-C'est vous Benoît ?
Je souris de toutes mes dents. Oui.
-Ah, on vous cherchait partout. Sur le logiciel, on vous a vu rentrer, mais jamais ressortir. Vous prévoyez de rester encore longtemps? 
Je regarde ma montre.
-Encore trois heures.
La femme éclate de rire.
-C'est la première fois que je vois un coureur peu pressé de rallier la ligne d'arrivée!
Je me tourne, et qui je vois en face de moi?
Simon. L'ami de ma vie. 
-Oh, mon pote, t'es là?
Il me regarde, surpris.
-Yes.
-On va le faire, mon pote. On va y arriver. Toi et moi jusqu'au bout du monde.
Je continue à parler, jusqu'à ce que je me rende compte que Simon... n'est pas Simon. Mais un sosie. Ou quelqu'un qui lui ressemble. Ou alors pas trop. Faut dire qu'en ayant partagé cinq minutes de vie avec Simon (et surtout son dos vu qu'il marchait devant moi), je ne suis plus vraiment sûr de son visage.

A quatre heures du matin, j'ai droit à un massage, avant de repartir. Je traîne. Quatre heures trente. J'ai une envie folle d'y aller. Ce qu'il y a de bien, à cette heure tardive et matinale, c'est que j'ai plein d'amis qui marchent à mon rythme. Oui, passé un certain temps de course, c'est le bal des éclopés. Ceux qui se sont fait une cheville. Un genou. Qui ont une tendinite. Qui ont mal au cerveau. Heureusement, il y en pour qui tout va bien, mais qui mettent juste un peu plus de temps.


Le temps d'une photo


Quand j'atteins la Flégère, dernier point culminant du tour, il fait déjà bien jour. Je discute avec les bénévoles du ravitaillement qui me présentent deux magnifiques parts d'un gâteau crémeux au chocolat. Personne n'en veut, me disent-ils. Et les mouches vont bientôt arriver. Alors je donne de ma personne, je fais un bon geste. En bon samaritain, je les engloutis d'une traite. Pour éviter que les mouches se servent.
Et enfin, Chamonix. La famille est là. Léonie est venue aussi.
L'arrivée se fait avec les enfants, main dans la main. Il est huit heures trente, l'arrivée ne casse pas trois pattes à un canard, à part quelques couche-tard (ou lève tôt), il n'y a personne.


Attente (interminable) des enfants. Enfin, il est là ?!!!


J'aurai bouclé ma boucle. J'avais eu mille scénarios. Rêvé d'un top 20. De pouvoir parler de mes talents d'écrivain. D'avoir enfin une belle occasion de parler de mon dernier bouquin, dont les critiques sont très positives, mais auquel il manque un coup de projecteur pour le mettre en avant.
Bon, ok, je suis finisher.
On m'a cité Courbertin il n'y a pas si longtemps: "L'important, c'est de participer". Pour le moment, pas sûr que je m'en satisfasse.

A l'occasion de cet UTMB, plusieurs records sont tombés. Et figurez-vous que je détiens peut-être l'un des plus grands d'entre eux.
Je suis le coureur qui a passé le plus de temps sur les bases de repos. Temps total: 7h27mn22sec. Si je compte les arrêts intempestifs et les différentes pauses sur le bord des sentiers, j'en suis à près de 8h30.
Il n'y a pas de petite gloire.
Des super-héros, vous connaissiez l'homme araignée, l'homme chauve-souris, l'homme fourmi. 
Mais aucun n'arrive à la cheville de l'homme escargot.

Et bon, de vous à moi, avec un dossard 317, je ne vois pas comment la course aurait pu bien se dérouler.
317, si on enlève le 7 et qu'on inverse le 3 et le 1, ça fait...

Merci ma famille, pour les encouragements et le final
Merci mille fois Léonie pour le temps que tu as pris pour venir
Merci les amis et tous ceux qui m'ont suivi et encouragé, de près ou de loin
Merci à mes partenaires: Rossignol, Cr'oc&Go, Nutripure, Julbo, Sidas, Lagolight, la Foulée d'Annemasse

On se revoit bientôt ;o)




lundi 7 septembre 2026

UTMB - 4ème partie

- POUR UNE FOIS DE TA CHIENNE DE VIE FERME TA GRANDE GUEULE

Court échange avec ma petite voix, dont je ne parviens plus à me séparer. J'aimerais bien l'abandonner quelque part au bord du sentier. Je sais pas, moi, va te chercher un autre coureur, vérifie bien qu'il ne fait pas sa bouse au milieu du chemin, mais lâche-moi un peu les basques.

Instant grossier, les nerfs qui lâchent. 

Désolé, mais il y a un moment ou faut dire les choses. C'est dingue comme avec la fatigue, on en vient à ne plus se supporter soi-même. Je me sens nul, con, moche. Ce que valide bien entendu ma petite voix (et s'il vous plaît, amis lecteurs, inutile d'en rajouter).


La voix se tait un instant. Je suis en train de longer le lac de Champeix. J'ai envie de piquer une tête, ja sais que ça me ferait un bien fou. Tout me pousse à y aller, ne serait-ce que le contact de l'eau froide sur mes cuisses. Mais j'ai la flemme d'enlever chaussettes et chaussures. Oui, ça tient à peu de chose. Je suis parti depuis plus de quinze heures, cent vingt bornes au compteur et la seule chose qui me retient, c'est la flemme de me délacer. D'un autre côté, vu mon état, je serais bien capable de tomber et de me noyer dans cinquante centimètres d'eau. Il y a quand même un truc qui tourne pas rond dans mon cerveau. En fait, j'ai toujours l'espoir de pouvoir recourir, d'avaler les kilomètres comme on avale un spaghetti, de recommencer à prendre du plaisir. Apprécier la distance. La nature, le vent sur la peau.

Dans une autre vie, oui.





Les descentes sont interminables. Je m'appuie sur mes bâtons, rêve de montée. Oui, au moins, dans les montées, j'ai l'impression de ne pas être trop manchot (expression de la langue française, même si cul de jatte serait plus approprié dans ce contexte). Après une descente technique et un faux plat qui me paraissent interminables, j'arrive enfin au pied d'une montée. Et...

- Nooooonnn, pas une montée.

En fait, j'en suis au stade où je ne veux plus rien. Plus de trail, plus de dossard. Mais qu'est-ce qui m'a poussé à me mettre dans cette galère. Quel abruti a pu faire germer une telle idée à la con, quel..

Euh... Toi.

Petite voix. Toi. Moi. Ok, bon, réflexion faite, c'était une idée de génie.

Mais le génie, là, il bafouille son trail. Je me fais doubler, doubler, doubler. Je cherche des compagnons de galères. Je rejoins Simon, un anglais que j'essaie de motiver, qui paraît être dans le même état que moi. D'une pâleur inquiétante (normal pour un anglais, me direz-vous), et à l'arrêt dans les montées (d'une autre côté, les montagnes pour les anglais, c'est une chimère).

Pour passer le temps, je me raconte des histoires, j'imagine comment présenter mon récit à venir, je me dis que j'aimerais bien me fouler une cheville, m'ouvrir un genou sur un rocher, me taper la tête contre un arbre après un dérapage incontrôlé, m'empaler sur un sapin déraciné. Bref, si n'importe quel prétexte peut se présenter sur mon chemin, je suis preneur. Sauf que rien.

Rien de gore, pas la moindre entrailles accrochées à une branche, je suis parti pour traîner ma croix jusqu'au bout. À Trient, je n'ai même pas le courage de faire le crochet à la tente de ravitaillement pour prendre un morceau de saucisson. Je ne ferai pas le moindre mètre supplémentaire.


Descente sur Trient



Léonie est venue m'encourager. Elle avance quelques instants à mes côtés.

-Tu vas vite, là, non?

Non, c'est pas elle qui me dit ça, mais moi. Attention, hein, quatre à l'heure, c'est bien au-delà de la vitesse de croisière du moment. Ce serait pas le moment de faire une sortie de route.

-On se retrouve à Vallorcine? me demande-t-elle.

Ai-je le choix? Il me reste une trentaine de kilomètres.

Je n'ai plus qu'à prendre mon mal en patience et espérer arriver à Vallorcine avant la nuit. Pour Chamonix, on verra. Je crois que je vais camper à Vallo. Je ne suis plus à une nuit près.


vendredi 4 septembre 2026

UTMB, troisième partie

 Courmayeur au petit matin. Je guette l'aube depuis plusieurs kilomètres. La dernière descente, raide et technique sur la ville italienne m'a mis un peu à mal. Pourtant, je ne force pas, essayant au mieux de garder de l'énergie pour la seconde partie de course. 

Les glaciers offrent une blancheur éclatante dans l'azur naissant. Il est à peine six heures, 80km et dix heures de courses. Je cherche Léonie dans l'immense salle, elle m'attend patiemment, tout l'attirail étendu sur la table. Je mange à la hâte, une tape dans la main et ça repart.

La montée au refuge Bertone ne m'épargne pas. Les jambes s'alourdissent, et mes intestins remuent. Je commence à rêver de toilettes. J'ai des frissons malgré l'effort et la relative douceur matinale. 

Au refuge, je bois, je mange, et surtout, j'en profite pour visiter les WC italiens. On m'en a dit beaucoup de bien, j'imagine un trône en marbre avec peintures de renaissance au plafond. Pourquoi pas un tableau de Mona Lisa accroché à la porte. L'Italie, c'est quand même le pays de Léonard. Je médite à tout cela assis dans le cube en plastique, la tête dans la porte à cause du manque d'espace. Je ne vais pas faire la fine bouche, je suis assis et me dis que cette pause va me délester d'un peu de poids. En trail, il faut voyager léger, surtout quand il y a beaucoup de kilomètres.

Plus j'avance, plus je me sens faible. Au grand col Ferret, ma plus grande priorité est de trouver des feuilles et un endroit pour m'arrêter à l'abri des passages. Sur un trail, beaucoup mette leur pudeur de côté et n'hésitent pas à uriner sur le chemin. Quand ce n'est pas carrément en courant. L'une des bizarrerie de ce sport, il faut croire qu'un peu de vent dans l'entrejambe donne un coup de fraîcheur pour la suite. Bon, je préfère pas savoir ce qu'ils se mettent sur les chaussures et les guiboles au passage. C'est vrai que sur une course de vingt heures ou plus, un seconde est TRÈS précieuse.

La suite de mon parcours, c'est genre Petit Poucet, en moins glamour. Je laisse des traces de mon passage au fil des kilomètres. On sait jamais, d'ici à ce que me prenne l'envie de faire marche arrière et retourner à Cham dans l'autre sens. Je campe à Fouly. J'essaie de dormir avant la montée de Champeix, dix minutes de pause sous le auvent d'un chalet. Il paraît que l'herbe est plus douce en Suisse, et moi, je suis comme Saint Thomas, je ne crois que ce que je vois (et que je teste). Je m'arrête à de nombreuses reprises. Mes jambes sont de plus en plus raides. Je peine à courir sur le plat ou les descentes. Pour rajouter du mal au mal, je continue mes squats à l'écart du chemin. Punaise, si j'avais su qu'il me faudrait faire du renforcement musculaire en plus des kilomètres parcourus, pas sûr que j'aurais signé.


Petite parenthèse. Si vous êtes perdus en pleine nature et que vous êtes pris d'une envie pressante, je vous recommande la petasite. Feuille épaisse et large, présente surtout dans les milieux humides. Son dessous parcouru de veinules est recouvert d'un duvet soyeux qui prendra le plus grand soin de votre derrière. La bardane est également très appréciée, et offre la particularité d'être comestible. Le grand veratre est la solution de secours en montagne. Recto ou verso, il n'y a guère de différence. Feuille épaisse, essuyage correct, son côté un peu rêche ne vous laissera probablement pas un sentiment impérissable. En dernier recours, pommes de pin (à prendre dans le bon sens, sans quoi vos fessiers princiers risquent de s'en souvenir), Fougères (n'hésitez pas à en prendre beaucoup à la fois pour ne pas vous en mettre plein les doigts), et si vraiment vous n'avez rien parce que le milieu est très minéral, va falloir vous satisfaire de pierres. Mais là, de vous à moi, vous êtes sincèrement dans la m... (Et c'est le cas de le dire)

La petasite, PQ nature par excellence 


Depuis le Grand Col Ferret, je ne cesse de passer en revue les kilomètres restants. Je sais qu'à partir de Champeix, il me restera un cinquantaine de kilomètres. Mon cerveau s'est mué en calculatrice. Alors là, si je fais du huit à l'heure dans les descentes, du quatre dans les montées, si je pondère à 1/3 descente par rapport à la montée, que j'élève au carré de l'hypothenuse... Je vais arriver à la nuit 😱


Vingt quatre heures, c'était la limite que je m'étais fixée. Pas plus. Et je me rends compte que cette barrière horaire va être (largement) dépassée. À Champeix, Léonie ne m'a pas abandonné. Toujours là, toujours vaillante (bien plus que moi). -Tiens, prends un Haribo, me fait-elle, ça te rendra plus beau. 

Ok, j'invente. C'était pour la rime. Et pour essayer d'être drôle. Non, à Champeix, j'ai envie de chialer, j'en peux plus, j'en ai marre, je suis vidé (dans tous les sens du terme), et c'est pas un Haribo qui va me permettre d'enclencher le turbo.

-Mais put..., Benoît arrête avec tes rimes débiles! (Ça c'est la petite voix dans la tête, celle qui se met en place quand tout s'effondre et que le temps commence à devenir long. Très longs. Trop long).

-Ça va? me demande Léonie.

Non. Je sais pas ce que je fous là. Je ne sais pas comment je vais pouvoir réussir à continuer. Surtout qu'au bout, il n'y a pas de Graal. Pas des millions à se mettre dans les poches. Pas de voyage aux Seychelles offert à tous finishers, pas même un bon restau.

Mais je sais qu'il y aura la famille. Les enfants. Et depuis le début de la galère (tiens, l'aventure a changé de nom), je n'ai qu'une image en tête, passer la ligne d'arrivée en fendant la foule et en tenant la main de mes enfants. (Euh, question foule, hormis trois chats et quelques touristes égarés, pas sûr qu'à l'heure où j'arrive il reste beaucoup de monde).

Essai de sieste à Champeix 


Les minutes fondent. J'essaie de dormir. J'attends de me sentir mieux pour manger. Léonie attend. Son sourire me réconforte. J'abandonne ? Je continue?

Après une longue pause, je me remets en route. Rendez-vous à Trient. Sauf que cette fois-ci, je ne peux plus du tout courir. Les jambes sont verrouillées. Que ça va être long...



jeudi 3 septembre 2026

UTMB, 2ème partie

Le départ, c'est un peu club sandwich. Surtout quand on n'est pas aux avants postes. Devant, il y a une coureur qui gêne. À gauche, un autre qui joue des coudes. À droite c'est pareil. Et derrière, ça pousse parce que devant ça ne va pas assez vite. 
Tout autour, la foule est en liesse. Les portables sont levés, essayant de capturer au mieux les images de cette marée humaine fendant l'air. La folie est partout et va même crescendo au fil des kilomètres. Je ne peux pas doubler mais qu'importe, j'ai prévu de ne pas dépasser mes allures d'entraînement tout au long de la course. Moyenne à 8km/h, les enfants m'ont traité de papy quand je leur ai annoncé ça la semaine dernière.

La nuit arrive rapidement. Sur la montée du col de Voza, première difficulté du jour, la guirlande lumineuse se met en place. Frontales vissées au couvre-chef, nous n'avons qu'une idée en tête, rallier Chamonix à Chamonix le plus vite possible, quitte à en avoir le tournis.
Saint-Gervais rime avec folie, jamais je n'ai vu autant de spectateurs ni de ferveur sur un évènement auquel j'ai pris part. Un truc de dingue. Je cherche la famille. Je les aperçois derrière les barrières, un bisou à chacun et je repars.
Aux Contamines, Léonie m'attend pour le premier ravitaillement. Changement de flasques, gels et boisson énergétique, je repars sans perdre de temps. Plus loin, Notre-Dame de la Gorge. Je n'ai pas de mot pour décrire. J'ai déjà parlé de folie, mais là... Le sourire vissé jusqu'aux oreilles, à m'en décrocher mâchoire et zygomatiques, je joue avec la foule, au rythme des olas. 

Hallucinant. Grandiose. Démesuré. Je n'ai jamais aimé l'aspect commercial UTMB. Le système mis en place pour se qualifier, le prix du dossard, mais je voulais prendre le départ pour vivre au moins une fois dans la vie cette ferveur qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Des centaines de mètres à ne plus deviner le chemin, à voir la foule s'écarter sur son passage, à devenir sourd tant les encouragements sont fous.
J'ai les tympans qui sifflent, qui explosent. D'un coup, c'est le silence. Ça y est, je suis sourd. Je m'imagine déjà en train d'apprendre le langage des signes. La prochaine carrière sera paralympique. Mais non, le grand silence, c'est juste celui de la nuit, la vraie, les spectateurs n'ont pas eu le droit de monter plus haut, ici, tout n'est que calme et nature, la guirlande blanche est devenue rouge (par respect pour la nature, les coureurs ont l'obligation d'avoir une lumière rouge, plus tamisée). C'est Noël avant l'heure. 

J'essaie d'être dans ma bulle, me forçant à ne pas accélérer. Les odeurs environnantes me rappellent que je ne suis pas seul. J'aimerais parler de celles du serpolet, de la menthe sauvage, de l'humus épicé sous les sapins, des cèpes et des chanterelles.
Non, c'est moins glamour. Les odeurs, c'est surtout les pets incessants des coureurs. Et pour les bruits, il y a les rots, qui font trembler la roche. L'un de mes coachs (du temps où j'étais licencié en ski à Megève), féru de poésie et de jolis mots, me disait toujours en lâchant une énorme caisse : "qui ni ne pète ni ne rote un jour explose".
Oui, mais quand même...

Au col du Bonhomme, la pleine lune est plus efficace que les halos de nos frontales. Je reconnais l'endroit pour y être passé il y a un an lors de notre traversée des Alpes en famille. Nous avions ensuite pris le chemin du Beaufortain alors que cette fois-ci, je descends sur les Chapieux. Je me force à descendre lentement. Ne pas brûler les étapes, la route est encore longue, tout comme l'est la nuit. Plus de quarante bornes au compteur, un quart de parcours. Comme une lettre à la poste. Je commence à grappiller pas mal de places. 
Elle va être belle la nuit.

Crédit photo UTMB



Je n'ai pas d'écouteurs. Pas de ceinture cardio. Pas de montre GPS. Rien de connecté. L'envie d'être dans l'instant. Je vois le trail ainsi, une connexion avec la nature, avec moi-même. Laisser aller ses pensées sans éléments perturbateurs, imaginer déjà les premières lignes du récit à venir. Je me vois à Chamonix, main dans la main avec les enfants, franchissant la ligne en levant nos bras, les jambes fraîches et en feu.
Mais c'est dans la descente qui me mène à Courmayeur que je sens que mes jambes vont être en feu. Au premier sens du terme. Il y a un truc qui cloche...


Crédit photo UTMB


mardi 1 septembre 2026

UTMB - 1ère partie

La première fois que j'ai entendu parler de l'événement, je me suis dit que ceux qui prenaient le départ avaient dû louper quelque chose dans leur vie. Je n'imaginais pas comment on pouvait s'infliger du sport à outrance, mettre un dossard pour courir pendant près de vingt quatre heures (plus encore si affinités). Une aberration, d'autant plus qu'à peine un tiers des coureurs franchissait la ligne d'arrivée. C'était il y a plus de vingt ans, j'étais en carrière dans le ski de fond, je rêvais de publier un jour un livre, je n'avais pas d'enfants, j'étais jeune, j'avançais cheveux (que j'avais encore foisonnants) au vent. Plein de convictions, surtout celle que jamais on ne m'y prendrait (au départ d'un de ces trucs de débiles). Oui, je radote, si vous suivez ce que j'écris, j'ai déjà raconté tout ça ou à peu près, depuis les cheveux se sont fait la malle (ils ne supportent plus le bonhomme), et mes baskets se sont perdues pas mal de fois (et moi avec), et mon quatrième livre a vu le jour (oh, comme c'est bizarre, il y a du trail dans les pages).

Je ne vais pas vous mentir, après un printemps à me trainer comme un légume, énergie et envie au raz des pâquerettes, j'avais de sérieux doutes quant à ma participation à cette grande boucle. J'ai longuement pensé aux nombreux prétextes, excuses, tournant et retournant la question d'un DNS (le fameux Did Not Start) dans tous les sens. Mais ne sachant pas de quoi serait fait demain, je me suis dit qu'il serait dommage de louper la grande Messe du trail. Rien que pour l'ambiance, qui fait rêver tous traileurs (à une ou deux chaussures près. Avis aux détracteurs). 
L'envie est revenue au courant de l'été lorsque nous sommes partis en famille faire une itinérance dans les Pyrénées. En rentrant de trek, j'ai continué d'enfiler les baskets, fait quelques belles bambées. Chemin faisant, les jours ont raccourci et un beau jour, je me suis retrouvé à Cham avec un dossard accroché au ventre (qui avait pris une ou deux tailles de trop avec l'oisiveté printanière). L'impression d'être jeune, casquette vissée sur la tête, les jambes frétillantes et le corps plein d'envie. En plus, j'avais trouvé une assistance de choc de dernière minute (Merci mille fois Léonie), prête à passer une nuit aussi blanche que la mienne.

Je suis arrivé le mardi. Chamonix était en pleine effervescence, la MCC était déjà pliée, les coureurs de la TDS en train de vivre un moment hors du temps (météo pourrie, si si, vous avez bien lu. Après quatre mois de sécheresse et de canicule, dame nature avait choisi LA semaine pour inverser la tendance et bazarder tout ce qu'elle avait en stock (orage, foudre, grêle, froid...) pour en faire voir de toutes les couleurs aux coureurs. 
Les rues étaient foisonnantes, touristes et traileurs venus des quatre coins du Monde déambulaient dans les allées bondées, et je savais que les trois prochains jours allaient être très, mais alors vraiment trèeees longs. Comme beaucoup ici, je n'avais qu'une hâte, être enfin sur la ligne de départ pour en découdre.

L'attente se sera prolongée jusqu'au dernier moment. Les orages ayant été annoncés jusque tard dans l'après-midi du vendredi, le départ a été déplacé de deux heures. On s'est calé avec Léonie pour faire un point sur les différents ravitaillements, et à trente minutes du moment fatidique, je suis allé rejoindre la foule de participants sous l'arche de depart. Excité comme une puce, cardio déjà à 200 alors que je n'avais pas encore fait trois petits pas (message subliminal, il va bien falloir vois décider à l'acheter si vous ne l'avez pas encore, en plus Noël approche, c'est le cadeau idéal 😇).

Je rentre par le sas élite. Dans la tête, l'ambition de terminer dans les 40 premiers. Être sous les 24 heures, m'approcher des 22 heures. Je sautille, plein de rêves et de bonne volonté. La foule est omniprésente, l'ambiance de départ électrique. Ludo, incontournable speaker des plus grands événements, lance le décompte. La musique résonne contre les murs de pierre des bâtiments. Soudain, il n'y a plus un bruits. Plus un souffle, plus un geste, seulement les battements de cœurs, qui font trembler le pavé...




jeudi 27 août 2026

Bientôt l'UTMB

Ce qu'est l'UTMB?

Si vous le demandez, c'est que vous débarquez de Mars.

Que vous revenez d'une mission de vingt ans en Antarctique, à étudier la reproduction des renards polaires (et vous avez dû vous tromper de continent, c'était plutôt l'Arctique, raison pour laquelle vous rentrez bredouille)

Que votre femme vous a encouragé à aller étudier le Yéti du Népal, espace rare et endémique, et qu'elle vous à autorisé à rentrer à la seule condition d'avoir un cliché de la bête (et grâce à l'IA, vous avez pu faire un montage pour la berner. Mais elle n'est pas dupe, rentrer ne veut pas dire que vous pourrez avoir une place dans le lit conjugal, vous allez encore dormir sur la quille quelques nuits semaines mois années de plus.

Que vous êtes partis pour un tour du Monde à la voile et avez échoué sur une île déserte non répertoriée sur le globe

Ou alors capturé par une tribu indigène en voulant remonter jusqu'à la source de l'Amazone

Prisonnier par les gardiens de l'Atlantide lors d'une plongée sous marine

Ou alors que vous avez (comme moi) toujours un temps de retard sur tout (je vous rassure, ce n'est pas avoir l'esprit lent, c'est juste savoir prendre son temps)

Bref, l'UTMB c'est déjà demain. Vois aurez tout le loisir de faire vos recherches sur Internet pour essayer de comprendre quand, comment. Et le pourquoi, là je crois qu'il ne faut plus chercher à comprendre, même moi, je ne me comprends plus moi-même.

(Et si vraiment vous voulez quelques explications, je vous conseille le super, incontournable, incroyable, fantastique roman "trois petits pas" d'un auteur en devenir (en toute objectivité et avec beaucoup d'humilité)




lundi 10 août 2026

Pyrénées, Vignemale et retour à Gavarnie

Après une semaine seule, la voiture est à sa place. Sage et poussiéreuse, brûlante d'avoir trop pris le soleil. Je dis à Éléa de rester là avec les sacs pendant que je pars à la recherche du reste de la famille. Les clés du véhicule sont dans le sac d'Isa. Il est treize heures, l'estomac gargouille, je pense qu'il y en a deux qui doivent me maudire...

La veille, nous avons franchi nos deux derniers grands cols. Le premier nous a amenés dans la vallée des Oulettes, grandiose et sauvage. J'avais promis un bon chocolat chaud au refuge. Déception en trouvant ses portes fermées pour cause de travaux. Un bénévole en train de bricoler nous glisse qu'il y a un avantage à tout cela, sachant cette fermeture temporaire, peu de marcheurs viennent en ce moment et l'endroit y est moins couru que d'habitude. Il nous parle du glacier des Oulettes, juste en face de nous, voué à disparaitre d'ici dix ans. C'est dur, nous dit-il, quand on l'a connu épais de plus de cinquante mètres, descendant presque dans la vallée. 
Je pense aux enfants de nos enfants, à toutes ces prochaines générations qui, peut-être, ne connaîtront plus la neige ni le froid. La Terre change, les canicules se succèdent et les alertes avec, les informations n'ont plus que ce mot la bouche. Orange et rouge parsèment la carte de France. Mais ici, en montagne, pas de média pour nous rappeler que le Monde va mal.




Le chemin nous emmène au-dessus du glacier des Oulettes pour rejoindre un dernier col. À notre droite, le petit Vignemale. Je propose à notre troupe de faire notre premier "3000", mais personne ne réagit, midi a sonné depuis belle lurette et on pense plus à manger qu'à autre chose. Lucas me reparle de ses toilettes, me demande si je les ai bien prises en photos. Hier, il s'est attelé à la construction de WC de pierre, érigeant une cuvette de granit pour plus de confort. Pas question d'y laisser du papier toilette, depuis notre départ, nous n'utilisons que des feuilles trouvées dans la nature.




En descendant au refuge du Vignemale, nous comprenons que nous retournons à la civilisation. Les marcheurs sont extrêmement nombreux, tous veulent faire le plus haut sommet des Pyrénées. C'est surtout le soir et au petit matin que nous le constatons, lorsque, bien au chaud dans notre tente, les marcheurs ne cessent de nous réveiller en parlant trop fort sans se soucier des tentes éparpillées ça et là. 
Les enfants me disent qu'on se croirait sur le GR du tour du Mont-Blanc, noir de monde l'été.




Lorsque nous quittons notre dernier bivouac, je fais le tour du campement. Être sûrs que nous ne laissons aucune trace de notre passage. Pas le moindre déchet. Aujourd'hui, la montagne est devenue un dépotoir, emballages, déchets divers, papier toilette, il y en a partout. J'ai lu récemment que certaines personnes abandonnaient sur place leur campement de fortune, faisant même brûler tente et sac de couchage avant de quitter les lieux, jonchés des restes de leur beuverie du weekend. Et nous payons pour eux, une addition sévère qui interdit désormais de plus en plus le bivouac dans les endroits fréquentés.

Gavarnie n'est plus qu'à une dizaine de kilomètres. Nous choisissons de suivre le GR10 plutôt que de raccourcir le trajet en passant par le fond de vallée. Sur la fin, notre groupe de scinde en deux. Voyant un sentier sur notre gauche, je propose à Éléa de s'y aventurer. Ce sera finalement une petite galère, à chercher notre passage entre de petite
s falaises et de hauts fourrés.

Arrivés à la voiture, aucune trace d'Isa et de Lucas. Éléa reste auprès des sacs et je pars en courant à leur recherche. Au gré de plusieurs allers-retours, je finis par les retrouver dans Gavarnie et me fais houspiller, c'est de bonne guerre. J'aurais pu au moins leur laisser la carte du parcours.

Sur la route du retour, la voiture est silencieuse. Mon texte se finit comme il a commencé. L'impression que nous sommes une semaine en arrière, seules les courbatures nous rappellent que nous avons terminé notre périple. Et puis les cernes sous les yeux. Et les douleurs sur les hanches à cause des sacs trop lourds et des tapis de sol trop fins, sans oublier les ampoules sous les pieds, les coups de soleil, la nuque raide, les lèvres gercées, la fatigue des nuits trop courtes..
Finalement, on est bien contents d'en avoir terminé. De retrouver notre confort. D'avoir des jours de repos.
Comme toujours, après ces efforts, il faut prendre le temps de récupérer. Un mois, une semaine, parfois un jour, avant que déjà, la tête pleine des souvenirs passés, on ne se projette de nouveau sur notre prochaine aventure.

mercredi 5 août 2026

Pyrénées, à l'approche du Vignemale

Le soleil disparaît derrière les crêtes, emportant avec lui les dernières rafales de vent, un rituel qui ne nous surprend plus. Un instant de calme où la nature s'endort au même rythme que nous, pour un répit de courte durée. Nous savons qu'au milieu de la nuit, le vent nous sortira de nos rêves de nuit pleine. Les années nous ont ôté les profonds sommeils et cette capacité à effectuer une nuit d'une traite, quelque soit le lieu, sur n'importe quel support. Les enfants dorment pour nous, ils ont cette insolence de ne jamais être réveillés par un sol trop dur, un caillou glissé sous le matelas ou un orage improvisé.



L'aube éclaire notre maison sommaire, en une heure, les tentes sont rangées, le petit déjeuner englouti. Le premier col se pavane devant nous, aucun échauffement pour rentrer dans le vif du sujet. La pente raide et rocailleuse nous fait mettre les mains, les doigts enfoncés dans la roche en espérant qu'elle ne s'effrite pas. Le moindre faux pas pourrait être mortel. Une brèche à 2800m d'altitude, le vent s'y engouffre avec plaisir et nous déstabilise. En contrebas, des blocs de glace gisent dans une étendue d'eau.

-Papa, tu crois que le Titanic gît dans les bas fonds? 

Je souris. La magie est partout, plus encore dans l'innocence des enfants.

Au loin, un immense plateau minéral traversé de toutes parts de ruisseaux et lacs cristallins nous attend. Au fil de la journée, notre chemin se perd entre les blocs granitiques, l'espace-temps se distend. À moins d'un kilomètre par heure, notre peine s'emmêle à la fatigue, et l'humeur s'en ressent. Isa n'en peut plus. La randonnée a ses travers et la dose n'est plus supportable.




Enfin, après un nouveau passage de col, les berges d'un lac niché à 2500m d'altitude accueille nos deux abris sommaires. Il est temps de souffler, d'allonger nos corps endoloris. Le pic du Vignemale affiche sa splendeur, demain, nous serons à son pied.

Les sacs tout juste posés, les enfants repartent immédiatement à la decouverte des alentours. Les rires se répercutent sur les parois rocheuses, leur entrain est contagieux, et si les doutes traversent parfois nos aventures, leur insouciance et leur bonheur suffisent à savoir pourquoi nous faisons tout cela, pourquoi nous sommes ici. La vie, la vraie, semble afficher sa valeur dans ces moments loin de tout. Alors, rien ne peut plus parasiter le moment présent.



 






samedi 1 août 2026

Pyrénées, sur les hauteurs du GR11

Sallent et de Gallego est un village magnifique, plus beau encore que Panticosa. Gris de pierres taillées, avec sa rivière aux eaux turquoises. Nous prenons le temps de manger, un petit déjeuner fait de viennoiseries achetées au passage. La nuit a laissé des traces sur nos visages boursouflés, les chiens du chenil ont hurlé chaque quart d'heure. Encore une nuit chaotique, la veille, le vent avait fouetté notre maigre toile de tente sans relâche. Depuis l'an passé, nous avons opté pour la légèreté, mais le confort s'en ressent parfois.



Le Pourtalet, col mythique, s'échappe sur notre gauche. Le GR11 nous emmène jusqu'au refuge de Respomuso. Le chemin est traversé par de nombreuses rivières, ici, aucune de trace de canicule ni de sécheresse, l'impression d'être dans un monde à part. À chaque pas, je lève la tête, essaie de graver les paysages dans mon cerveau, qui, je sais, finira par se noyer tant je l'inonde de toutes ces vues incroyables. 


À Respumuso, un soda plein de sucre accompagne notre repas. C'est mérité, il faut bien quelques récompenses à ces marches folles, et les paquets de bonbons des enfants diminuent à vie d'œil. En ce moment, j'aimerais surtout qu'on fasse un effort sur la nourriture, la vraie, les pâtes, le couscous et le riz, histoire d'alléger le poids de mon sac. Le ravitaillement effectué ce matin lui a donné trop d'embonpoint. Je tire la langue, j'ai peur que mes genoux grincent. Vingt, vingt-cinq kilos peut-être, une estimation à la louche. Qu'importe, il faut avancer.




Les lacs sont innombrables. L'après-midi, cette fameuse après-midi, en voyant les enfants jouer les bergers au milieu des moutons, je comprends. Tous ces efforts, ces gouttes de sueur, ces maux de dos, ces courbatures. Certains diront : tout ça pour ça. Alors oui, j'insiste, tout ça pour ça. La beauté d'un monde sauvage, Isa est en train de lire sous le vent, les enfants rient de rien, de tout. Ici, je me dis que le temps n'a aucune prise, il nous laisse l'essentiel : respirer, être en paix avec nous-mêmes. Alors je répète sans arrêt à qui veut bien l'entendre "c'est beau, hein ?" C'est plus fort que moi, une question qui n'est est pas une et n'a besoin de l'aval de personne, mais j'ai besoin de la poser, d'avoir un consentement, savoir que eux aussi vivent ce que je vis, voient ce que je vois.



Lorsque nous mangeons, Lucas dit qu'il neige. Nous levons la tête. Dans le ciel volent des flocons de cendre. La Terre pleure ses larmes de feu. Le vent venu du nord joue avec les étoiles grises échappées de feux de forêts. Le pays brûle, un nuage grisâtre s'arrête dans la vallée contiguë, plus loin, ce doit être Tarbes, dont les arbres grillés sont décimés à coup de flammes. Le Monde s'embrase, en France, en Europe, partout. La sécheresse, dont nous sommes en partie responsable. La Terre nous envoie ses représailles. Est-il encore temps de trouver une solution. Et surtout, le voulons-nous vraiment ?


jeudi 30 juillet 2026

Les Pyrénées, GR11, Panticosa et Sallent de Gallego

Toujours les mêmes gestes. Chaque secondes, chaque minute, chaque jour. Jambe gauche bras droit, jambe droite bras gauche. Avancer, souffler, respirer, s'arrêter, regarder, repartir.


L'altitude rend les mouvements plus lents, il faut accorder son corps à sa tête, sa tête à son corps. Le paysage, lui, s'accorde à tout. Ici, loin des Hommes, tout est plus doux, plus sauvage, plus lent. Plus beau. Les chemins, trop peu foulés, perdent leurs traces entre prairies et rochers. La carte nous rassure, nous sommes sur la bonne route, et il se passe une journée sans que nous ne croisions le moindre marcheur. Au début, les montagnes nous rappellent les Alpes. Tout ça pour ça, traverser la France pour finalement avoir les mêmes vues... Mais à mesure que nous cheminons, elles deviennent à part, uniques. Oui, les Pyrénées. Ce petit quelque chose de démesuré. Des vallées plus étroites, peut-être. Ou alors les cirques. 



Finalement, il est difficile de comparer. Nous sommes heureux. Loin de tout. Des hommes. Du quotidien et de sa folie, qui finit par nous happer sournoisement. Pourtant, nous savons, mais il y a ce fameux engrenage. 




Gavarnie était trop fréquenté. Trop proche des routes, des parkings avalant les voitures par milliers. Il y manquait l'authenticité. Mais dès que l'on s'éloigne des sentiers battus, nous retrouvons le silence. Les Izards et les marmottes, déjà grasses d'avoir trop mangé alors que l'été vient à peine de commencer. Notre carte nous indique sur le GR11, et après une longue descente bordée de falaise - un régal pour les yeux -nous faisons une halte à Panticosa. Les maisons sont de pierre, il est midi et la besace est pleine. La chaleur ne nous épargne pas et après une nouvelle heure de marche, nous trouvons un coin d'ombre pour manger. Ce chemin entre Panticosa et Sallent de Gallego est peu à notre goût, mais il faut avancer. Le soir, notre halte se fait au bord d'un lac. Ce que nous ne savions pas, c'est qu'un chenil était juste en face, sur l'autre côté de la berge. Et que les chiens s'en sont donné à coeur joie toute la nuit, qui s'est transformée en calvaire pour nous. Décidément, il nous faut vraiment rester loin de la civilisation !



Lorsque nous replions les tentes, je compte les jours passés. Déjà trois. Dans ma tête, une ritournelle: Se réveiller chaque seconde en ne vivant que pour aujourd'hui. Cheminer toujours, se projeter, s'émerveiller. Ne jamais laisser les doutes ternir la moindre seconde de vie. 

Il est temps de se remettre en route.

samedi 11 juillet 2026

Après les Alpes, les Pyrénées

Une culotte enroulée autour d'une pierre. Façon couche pour bébé, afin d'éviter que les bourrasques ne l'emporte. Un peu plus loin, c'est un short. La pierre encore à côté s'est coltiné mon caleçon. Les chaussettes sont disséminées ça et là. Dépareillées. Tout est en train de sécher, sous les humeurs du vent. De loin, on dirait un camp de manouches. Assis entre deux chardons, je regarde les enfants jouer les bergers pour guider les moutons un peu plus loin de notre lieu de bivouac. Isa est en train de lire un livre... Retour aux sources. À l'essentiel. Loin de tout, du monde, de la vie à cent à l'heure, de l'électronique. De toute façon, ici, il n'y a pas de réseau. Le téléphone ne sert qu'aux photos. Immortaliser les souvenirs qui s'effilocheront au fil du temps. Je ferme les yeux. Savoure. L'an passé, à la même époque, nous nous lancions dans notre première épopée. Les Alpes, de Chamonix à Menton. La descente, comme se plaisent à raconter les enfants. Descente au Sud, parce qu'en terme de dénivelé, on était loin de se la couler douce façon "Et au milieu coule une rivière". 



Cette année, la carte s'est arrêtée sur les Pyrénées. Examen rapide du topo, Gavarnie sera notre point de départ. Nous avons ensuite le choix, Est ou Ouest. Une pièce jetée en l'air. Face: Ouest. Pile : Est. La pièce vole. Retombe. Pile. Ce sera Ouest. Oui, je sais. Mais sur la carte, les lacs affichés ont finalement raison de la pièce. 

À la maison, lorsque je prépare les affaires, les images des Alpes reviennent. Vingt jours de marche, vingt-quatre avec les étapes de repos. Cette fois-ci, ce ne sera qu'une semaine. Une broutille.



Ne rien oublier. Tapis de sol, popote, tentes, affaires de change. Maillots de bain et affaires de plage, parce qu'avant, nous allons nous octroyer une semaine de farniente au bord de l'Océan. À peine arrivés au camping, Lucas chuchote qu'il a hâte d'être en randonnée. Je souris. Savoure. Une pointe (immense) de fierté m'envahit. Je glisse le soir à  Isa qu'au moins, nous aurons réussi une chose dans notre vie en tant que parents. Donner à nos enfants le goût de la nature, de l'aventure. D'une vie simple.

La canicule bat son plein. Même l'Océan, affichant ses vingt-six degrés, ne sait plus comment évacuer la chaleur. Fatigué, il nous offre des ersatz de vagues. Nous transpirons à ne rien faire, la moiteur ambiante nous fait croire sous l'équateur, avec la sensation de suffoquer au moindre geste.



Au bout d'une semaine, les montagnes nous appellent. Dans la voiture silencieuse, chacun médite au sort promis. Un panneau indique Gavarnie. Le Tour y a amené ses cyclistes quelques jours auparavant, restent encore quelques banderoles et peintures au sol. Je laisse ma montre dans la voiture et les treize heures trente qu'elle affiche. Un an après, il est temps de retourner au charbon...



jeudi 18 juin 2026

Tout mon soutien à Justine Braisaz-Bouchet

Les sportifs nous émeuvent, nous transforment et nous passionnent. Ils passent à la télé, gagnent des médailles. Nous jetons notre dévolu sur l'un d'eux, quelques fois plusieurs. Peu à peu, ils deviennent une fraction de nos vies.
Une hâte s'installe à chaque événement, nous faisons partie de leur rituel et eux du nôtre, le sourire à la caméra nous est destiné, leurs succès nous appartiennent.
Nous les mettons sur un piédestal. Nous nous identifions à eux, nous les glorifions. Nous vivons et vibrons à travers leurs victoires, qu'importe leurs travers et leur linge sale. 
Sans nous, ils n'existeraient pas.

Pourtant, au sommet de l'Olympe, on a vénéré des tricheurs, on leur a pardonné. Le présent leur donne encore raison, eux qui n'ont pas de foi et sont au-dessus de toutes les lois. 
Alors nous refusons de les voir tels qu'ils sont. Ils peuvent être menteurs, voleurs, égoïstes, maltraitants, cupides, lâches... Qu'importent les pires défauts, à eux, il faut pardonner, alors que d'autres seraient jugés et iraient en prison pour bien moins. 
Placés au rang de Dieu pour une breloque et un palmarès qui, dans cent ans, seront probablement oubliés.

Ce que je ressens aujourd'hui pour Justine, c'est de la tristesse. Triste du peu de soutien de nos instances, où qu'elles se situent. Parce qu'une médaille, à leurs yeux, a plus de valeur que nos valeurs. Gouvernements et fédérations se valent, ils traînent tous leurs casseroles alors que nous aimerions tant les voir plus sincères, plus justes et transparents. Surtout, plus courageux.

Je ne parle même pas des commentateurs de réseaux sociaux. Les écrans, terrain de jeu des meilleurs entraîneurs du Monde. Sur leur siège, téléphone ou clavier entre les mains, invisibles, ils savent tout, titulaires de nombreux doctorats, thèses, diplômes universitaires. La préparation physique, mentale et science du sport et du jeu n'ont plus de secret pour eux. Prix Nobel de la connaissance et du savoir. De l'humilité aussi. Psychanalystes émérites, ça va de soi, ils sont capables de déceler les moindres failles de l'athlète sans même l'avoir rencontré et n'ont jamais leur langue dans leur poche. Pourtant, ils devraient se la mordre sept fois avant de la sortir.

Je tenais juste à te dire bravo, Justine. Pour ce que tu fais, pour ton courage et ton abnégation. La vie est une question de choix, nous ne devrions pas avoir à nous justifier, encore moins face à tous ces détracteurs. 
Quelques mots de soutien à une athlète à qui on a demandé, somme toute, de ne pas faire de vagues. Dont le seul tort aura été de dire la vérité, dans une société parfois trop gouvernée par le mensonge.

Inutile de rajouter que le mental peut être notre meilleur atout et en même temps notre pire faiblesse. Lorsque les valeurs que nous défendons sont mises en branle, la réussite en pâtit. Comme le dit ce vieil adage, "Bien dans sa tête, bien dans son corps". 
C'était une parenthèse, à ceux qui pensent qu'il est facile de tourner la page.

J'espère que tu reviendras plus forte.
Et même si ce n'est pas le cas, tu as le mérite d'avancer et de rester droite. 
De ça, beaucoup aimeraient s'en vanter.



dimanche 7 juin 2026

J'ai quitté mon travail

Hier, j'ai quitté mon travail. Je ne suis pas parti plus tôt que d'habitude. Je ne l'ai pas perdu.

Je l'ai simplement quitté. 

J'ai pensé à nos ministres, nos députés, nos directeurs, nos présidents. À la corruption, qui gangrène le pouvoir et à tous ces gens de pouvoir aux salaires improbables. À leur manque de scrupule, à l'argent facile, détourné aussi facilement que lors d'une partie de Monopoly

J'ai pensé à nos belles valeurs humaines, celles que nous défendions sur les bancs de classe ou lors de repas de famille. 

Je rêve d'un Monde meilleur. Dans lequel nous pouvons nous regarder dans la glace chaque matin. Sans honte. 

Si j'ai de la tristesse, c'est de savoir que l'on peut agir impunément, qu'en haussant un peu la voix, en s'apitoyant sur son sort, les plus grands mensonges sont pardonnés. Savoir que finalement, tant cautionnent ces injustices et que les promesses d'un avenir meilleur ne sont qu'illusions perdues.Que nous défendions auprès de nos enfants. Le respect, l'honnêteté, la bienveillance, le courage.

Aujourd'hui, nous mettons au pouvoir des Trump, des Sarkozy, des Lang, des Cahuzac, pour ne citer qu'eux. Une liste qu'on ne peut énumérer tant elle est longue. Nous sommes dirigés par des menteurs, des voleurs, des profiteurs. Nous applaudissons des Virenque, des Jalabert, des Armstrong. Des Hingis, des Jones et des Lewis.

Plutôt que de nous révolter, nous ignorons, pire, nous cautionnons.

Je rêve d'un Monde meilleur. Dans lequel nous pouvons nous regarder dans la glace chaque matin. Sans honte. 

Si j'ai de la tristesse, c'est de savoir que l'on peut agir impunément, qu'en haussant un peu la voix, en s'apitoyant sur son sort, les plus grands mensonges sont pardonnés. Savoir que finalement, tant cautionnent ces injustices et que les promesses d'un avenir meilleur ne sont qu'illusions perdues.

Ma colère finira peut-être par s'apaiser. Comme dans toute séparation, seul le temps saura l'atténuer.

Hier, j'ai quitté mon travail. Je ne voulais plus côtoyer les menteurs ni les voleurs. Je n'en pouvais plus de la lâcheté. Des histoires d'argent. De l'abus de confiance.

Hier, j'ai quitté mon travail.

Mais je l'ai quitté la tête haute.




jeudi 4 juin 2026

MaxiRace 2026

Je n'ai pas terminé ma MaxiRace

Ok, je viens de tuer tout suspens de ce récit. C'est un peu comme si je vous annonçais en début de lecture d'un thriller qu'ils vont tous mourir à la fin, tués par Monsieur Moutarde avec le couteau à beurre (sans dent et avec bout arrondi, c'est dire si ça peut faire mal).
Cette année encore, et pour la troisième fois d'affilée, j'avais un ravitailleur/suiveur de choc en la personne de Titouan, venu effectuer mon assistance écolo sur son vélo. Adepte des sorties au long cours, ce n'était pas les quelques 200km sur les routes qui allaient l'effrayer.
Malgré une semaine un peu intense au boulot, j'étais prêt à affronter les cimes bordant le lac d'Annecy, d'autant plus que cette année, la course offrait une grande nouveauté: nous allions effectuer le tour dans le sens horaire. Hormis quelques passages communs aux dernières années, nous empruntions des sentiers inédits avec un détour par Talamarche, puis une incursion dans les Bauges après la base de vie de Doussard.
A 1h25 du matin (autant vous dire que je cherche encore ce qu'il a été de la nuit sur l'oreiller), une belle bande d'illuminés s'est mis en quête du tour du lac. Je retiens encore le footing dans la vieille ville pour rallier la ligne de départ, au milieu de tous les fêtards allant de bars en boîte de nuits, marchant de travers et n'arrivant pas à aligner deux mots.

Ces départs nocturnes sont uniques, emprunts d'une atmosphère particulière. Bon, côté atmosphère, c'était la fournaise, avec un thermomètre affichant une vingtaine de degrés à la mise en route du chrono. La journée qui suivrait s'annonçait chaude, et je crois que nous avions tous en tête d'arriver le plus vite possible pour éviter la cuisson complète. C'est comme un steak, il faut qu'il soit saignant pour l'apprécier. 
Pour la première fois de ma vie de traileur, j'ai pris un départ extrêmement prudent. A la fin des 15 minutes de plat qui nous menait jusqu'au pied du Veyrier, j'affichais fièrement une centième place.
Ensuite, j'ai commencé à remonter. 70ème dans la moitié du Veyrier, 40ème dans la montée d'Alex. 25ème en haut de Talamarche, avec l'aube qui affichait ses premières lueurs. Je sentais une petite gêne dans la fesse gauche, mais rien de bien méchant. J'ai imaginé une légère contracture. J'étais dans une bonne gestion de mon effort et l'écart avec les premiers était tout à fait correct.



Arrivé à mi-course, Titouan me donne de quoi repartir avec le sourire (repas du roi préparé par Isa, ma compagne : jus de cornichons, purée de brocolis sur son lit de reblochon un an d'affinage et ses asticots qui vont avec, eau-de-vie de choucroute pour le boost). Je repars donc frais comme un gardon en direction des Bauges.
C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à perdre des places. La douleur a lentement fait son travail de sape, titillant légèrement mon genou droit. J'ai eu cette vision de la CCC de 2021, pendant laquelle j'ai vécu un véritable chemin de croix. 





La descente du Col de la Bornette a été très compliqué. Malgré les carambars "kipik" et donnent la langue bleue offerts lors d'un point d'eau improvisé.
A Bellecombe-en-Bauges, j'ai fait un long arrêt. Je me voyais encore terminer la course. Ne me restait que le Semnoz, dernier morceau de l'aventure.
Je suis reparti, j'ai fait cent mètres avec des aiguilles dans le genou. Le TFL, c'est un peu cette sensation, qui s'accentue au fil des kilomètres et des flexions.
C'est à ce moment que j'ai dit stop. J'ai décroché le dossard. J'étais à l'embranchement d'une route, j'ai tendu le pouce et fait du stop.
La course était terminée.
C'était mon premier Ultra de l'année, il ne s'est pas terminé comme je l'aurais souhaité.
Heureusement, la petite famille était là pour partager un moment en haut du Semnoz. Mes enfants avaient même prévu des petites pancartes pour m'aider à vendre ensuite mes livres sur mon stand, après la course.





Le sport m'apprend beaucoup. Bien sûr, il y a l'abnégation, la résistance, la résilience. Mais il y a aussi ce plaisir, fondamental. Lorsqu'on prend un départ sur un Ultra, il faut prendre en compte de nombreux paramètres, et comprendre que l'abandon n'est pas une fin en soi. Avoir la lucidité, à tout moment, de faire les bons choix. Les motivations d'un abandon sont nombreuses. Aller au bout, oui, mais pas à n'importe quel prix. La ligne d'arrivée d'une épreuve sportive n'est pas un aboutissement, le sport doit rester un jeu, un amusement, on n'y joue pas sa vie. Ces courses sont des aventures et ces aventures, même hors-normes, ne restent que des courses. J'aurais peut-être pu finir, oui. Mais dans quel état ? Aujourd'hui, ma priorité est de partager des aventures humaines, comme cette traversée des Alpes en famille effectuée l'an passé, tellement plus riche en émotion qu'une course chronométrée qui, somme toute, reste une épreuve individuelle.
Il me reste encore des objectifs cette année, avec cet UTMB en août. J'espère que le corps aura récupéré et que je serai en possession de tous mes moyens.
Et je reste fidèle à mon idée principale : le plaisir d'abord avant de penser au résultat.
Qui vivra verra...

Merci Rossignol, mon partenaire de toujours
Nutripure pour l'énergie
crocandgo pour les barres
Lagolight pour la lampe
Julbo pour les lunettes
Sidas les chaussettes
La MaxiRace et Stéphane Agnoli pour le salon et le dossard