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Mes livres, le ski de fond, mes aventures
Nouveau roman "Trois Petits Pas"
mercredi 16 septembre 2026
Les sentiers de la gloire (l'après UTMB)
mercredi 9 septembre 2026
UTMB - 5ème (et dernière) partie
Je commence à vous Ultra Saoûler. En plus, cette manière agaçante de distiller le récit en différentes parties...
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| Repas du parfait sportif |
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| Qu'elle va être belle, ma nuit |
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| Le temps d'une photo |
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| Attente (interminable) des enfants. Enfin, il est là ?!!! |
lundi 7 septembre 2026
UTMB - 4ème partie
- POUR UNE FOIS DE TA CHIENNE DE VIE FERME TA GRANDE GUEULE
Court échange avec ma petite voix, dont je ne parviens plus à me séparer. J'aimerais bien l'abandonner quelque part au bord du sentier. Je sais pas, moi, va te chercher un autre coureur, vérifie bien qu'il ne fait pas sa bouse au milieu du chemin, mais lâche-moi un peu les basques.
Instant grossier, les nerfs qui lâchent.
Désolé, mais il y a un moment ou faut dire les choses. C'est dingue comme avec la fatigue, on en vient à ne plus se supporter soi-même. Je me sens nul, con, moche. Ce que valide bien entendu ma petite voix (et s'il vous plaît, amis lecteurs, inutile d'en rajouter).
La voix se tait un instant. Je suis en train de longer le lac de Champeix. J'ai envie de piquer une tête, ja sais que ça me ferait un bien fou. Tout me pousse à y aller, ne serait-ce que le contact de l'eau froide sur mes cuisses. Mais j'ai la flemme d'enlever chaussettes et chaussures. Oui, ça tient à peu de chose. Je suis parti depuis plus de quinze heures, cent vingt bornes au compteur et la seule chose qui me retient, c'est la flemme de me délacer. D'un autre côté, vu mon état, je serais bien capable de tomber et de me noyer dans cinquante centimètres d'eau. Il y a quand même un truc qui tourne pas rond dans mon cerveau. En fait, j'ai toujours l'espoir de pouvoir recourir, d'avaler les kilomètres comme on avale un spaghetti, de recommencer à prendre du plaisir. Apprécier la distance. La nature, le vent sur la peau.
Dans une autre vie, oui.
Les descentes sont interminables. Je m'appuie sur mes bâtons, rêve de montée. Oui, au moins, dans les montées, j'ai l'impression de ne pas être trop manchot (expression de la langue française, même si cul de jatte serait plus approprié dans ce contexte). Après une descente technique et un faux plat qui me paraissent interminables, j'arrive enfin au pied d'une montée. Et...
- Nooooonnn, pas une montée.
En fait, j'en suis au stade où je ne veux plus rien. Plus de trail, plus de dossard. Mais qu'est-ce qui m'a poussé à me mettre dans cette galère. Quel abruti a pu faire germer une telle idée à la con, quel..
Euh... Toi.
Petite voix. Toi. Moi. Ok, bon, réflexion faite, c'était une idée de génie.
Mais le génie, là, il bafouille son trail. Je me fais doubler, doubler, doubler. Je cherche des compagnons de galères. Je rejoins Simon, un anglais que j'essaie de motiver, qui paraît être dans le même état que moi. D'une pâleur inquiétante (normal pour un anglais, me direz-vous), et à l'arrêt dans les montées (d'une autre côté, les montagnes pour les anglais, c'est une chimère).
Pour passer le temps, je me raconte des histoires, j'imagine comment présenter mon récit à venir, je me dis que j'aimerais bien me fouler une cheville, m'ouvrir un genou sur un rocher, me taper la tête contre un arbre après un dérapage incontrôlé, m'empaler sur un sapin déraciné. Bref, si n'importe quel prétexte peut se présenter sur mon chemin, je suis preneur. Sauf que rien.
Rien de gore, pas la moindre entrailles accrochées à une branche, je suis parti pour traîner ma croix jusqu'au bout. À Trient, je n'ai même pas le courage de faire le crochet à la tente de ravitaillement pour prendre un morceau de saucisson. Je ne ferai pas le moindre mètre supplémentaire.
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| Descente sur Trient |
Léonie est venue m'encourager. Elle avance quelques instants à mes côtés.
-Tu vas vite, là, non?
Non, c'est pas elle qui me dit ça, mais moi. Attention, hein, quatre à l'heure, c'est bien au-delà de la vitesse de croisière du moment. Ce serait pas le moment de faire une sortie de route.
-On se retrouve à Vallorcine? me demande-t-elle.
Ai-je le choix? Il me reste une trentaine de kilomètres.
Je n'ai plus qu'à prendre mon mal en patience et espérer arriver à Vallorcine avant la nuit. Pour Chamonix, on verra. Je crois que je vais camper à Vallo. Je ne suis plus à une nuit près.
vendredi 4 septembre 2026
UTMB, troisième partie
Courmayeur au petit matin. Je guette l'aube depuis plusieurs kilomètres. La dernière descente, raide et technique sur la ville italienne m'a mis un peu à mal. Pourtant, je ne force pas, essayant au mieux de garder de l'énergie pour la seconde partie de course.
Les glaciers offrent une blancheur éclatante dans l'azur naissant. Il est à peine six heures, 80km et dix heures de courses. Je cherche Léonie dans l'immense salle, elle m'attend patiemment, tout l'attirail étendu sur la table. Je mange à la hâte, une tape dans la main et ça repart.
La montée au refuge Bertone ne m'épargne pas. Les jambes s'alourdissent, et mes intestins remuent. Je commence à rêver de toilettes. J'ai des frissons malgré l'effort et la relative douceur matinale.
Au refuge, je bois, je mange, et surtout, j'en profite pour visiter les WC italiens. On m'en a dit beaucoup de bien, j'imagine un trône en marbre avec peintures de renaissance au plafond. Pourquoi pas un tableau de Mona Lisa accroché à la porte. L'Italie, c'est quand même le pays de Léonard. Je médite à tout cela assis dans le cube en plastique, la tête dans la porte à cause du manque d'espace. Je ne vais pas faire la fine bouche, je suis assis et me dis que cette pause va me délester d'un peu de poids. En trail, il faut voyager léger, surtout quand il y a beaucoup de kilomètres.
Plus j'avance, plus je me sens faible. Au grand col Ferret, ma plus grande priorité est de trouver des feuilles et un endroit pour m'arrêter à l'abri des passages. Sur un trail, beaucoup mette leur pudeur de côté et n'hésitent pas à uriner sur le chemin. Quand ce n'est pas carrément en courant. L'une des bizarrerie de ce sport, il faut croire qu'un peu de vent dans l'entrejambe donne un coup de fraîcheur pour la suite. Bon, je préfère pas savoir ce qu'ils se mettent sur les chaussures et les guiboles au passage. C'est vrai que sur une course de vingt heures ou plus, un seconde est TRÈS précieuse.
La suite de mon parcours, c'est genre Petit Poucet, en moins glamour. Je laisse des traces de mon passage au fil des kilomètres. On sait jamais, d'ici à ce que me prenne l'envie de faire marche arrière et retourner à Cham dans l'autre sens. Je campe à Fouly. J'essaie de dormir avant la montée de Champeix, dix minutes de pause sous le auvent d'un chalet. Il paraît que l'herbe est plus douce en Suisse, et moi, je suis comme Saint Thomas, je ne crois que ce que je vois (et que je teste). Je m'arrête à de nombreuses reprises. Mes jambes sont de plus en plus raides. Je peine à courir sur le plat ou les descentes. Pour rajouter du mal au mal, je continue mes squats à l'écart du chemin. Punaise, si j'avais su qu'il me faudrait faire du renforcement musculaire en plus des kilomètres parcourus, pas sûr que j'aurais signé.
Petite parenthèse. Si vous êtes perdus en pleine nature et que vous êtes pris d'une envie pressante, je vous recommande la petasite. Feuille épaisse et large, présente surtout dans les milieux humides. Son dessous parcouru de veinules est recouvert d'un duvet soyeux qui prendra le plus grand soin de votre derrière. La bardane est également très appréciée, et offre la particularité d'être comestible. Le grand veratre est la solution de secours en montagne. Recto ou verso, il n'y a guère de différence. Feuille épaisse, essuyage correct, son côté un peu rêche ne vous laissera probablement pas un sentiment impérissable. En dernier recours, pommes de pin (à prendre dans le bon sens, sans quoi vos fessiers princiers risquent de s'en souvenir), Fougères (n'hésitez pas à en prendre beaucoup à la fois pour ne pas vous en mettre plein les doigts), et si vraiment vous n'avez rien parce que le milieu est très minéral, va falloir vous satisfaire de pierres. Mais là, de vous à moi, vous êtes sincèrement dans la m... (Et c'est le cas de le dire)
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| La petasite, PQ nature par excellence |
Depuis le Grand Col Ferret, je ne cesse de passer en revue les kilomètres restants. Je sais qu'à partir de Champeix, il me restera un cinquantaine de kilomètres. Mon cerveau s'est mué en calculatrice. Alors là, si je fais du huit à l'heure dans les descentes, du quatre dans les montées, si je pondère à 1/3 descente par rapport à la montée, que j'élève au carré de l'hypothenuse... Je vais arriver à la nuit 😱
Vingt quatre heures, c'était la limite que je m'étais fixée. Pas plus. Et je me rends compte que cette barrière horaire va être (largement) dépassée. À Champeix, Léonie ne m'a pas abandonné. Toujours là, toujours vaillante (bien plus que moi). -Tiens, prends un Haribo, me fait-elle, ça te rendra plus beau.
Ok, j'invente. C'était pour la rime. Et pour essayer d'être drôle. Non, à Champeix, j'ai envie de chialer, j'en peux plus, j'en ai marre, je suis vidé (dans tous les sens du terme), et c'est pas un Haribo qui va me permettre d'enclencher le turbo.
-Mais put..., Benoît arrête avec tes rimes débiles! (Ça c'est la petite voix dans la tête, celle qui se met en place quand tout s'effondre et que le temps commence à devenir long. Très longs. Trop long).
-Ça va? me demande Léonie.
Non. Je sais pas ce que je fous là. Je ne sais pas comment je vais pouvoir réussir à continuer. Surtout qu'au bout, il n'y a pas de Graal. Pas des millions à se mettre dans les poches. Pas de voyage aux Seychelles offert à tous finishers, pas même un bon restau.
Mais je sais qu'il y aura la famille. Les enfants. Et depuis le début de la galère (tiens, l'aventure a changé de nom), je n'ai qu'une image en tête, passer la ligne d'arrivée en fendant la foule et en tenant la main de mes enfants. (Euh, question foule, hormis trois chats et quelques touristes égarés, pas sûr qu'à l'heure où j'arrive il reste beaucoup de monde).
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| Essai de sieste à Champeix |
Les minutes fondent. J'essaie de dormir. J'attends de me sentir mieux pour manger. Léonie attend. Son sourire me réconforte. J'abandonne ? Je continue?
Après une longue pause, je me remets en route. Rendez-vous à Trient. Sauf que cette fois-ci, je ne peux plus du tout courir. Les jambes sont verrouillées. Que ça va être long...
jeudi 3 septembre 2026
UTMB, 2ème partie
Tout autour, la foule est en liesse. Les portables sont levés, essayant de capturer au mieux les images de cette marée humaine fendant l'air. La folie est partout et va même crescendo au fil des kilomètres. Je ne peux pas doubler mais qu'importe, j'ai prévu de ne pas dépasser mes allures d'entraînement tout au long de la course. Moyenne à 8km/h, les enfants m'ont traité de papy quand je leur ai annoncé ça la semaine dernière.
La nuit arrive rapidement. Sur la montée du col de Voza, première difficulté du jour, la guirlande lumineuse se met en place. Frontales vissées au couvre-chef, nous n'avons qu'une idée en tête, rallier Chamonix à Chamonix le plus vite possible, quitte à en avoir le tournis.
Saint-Gervais rime avec folie, jamais je n'ai vu autant de spectateurs ni de ferveur sur un évènement auquel j'ai pris part. Un truc de dingue. Je cherche la famille. Je les aperçois derrière les barrières, un bisou à chacun et je repars.
Aux Contamines, Léonie m'attend pour le premier ravitaillement. Changement de flasques, gels et boisson énergétique, je repars sans perdre de temps. Plus loin, Notre-Dame de la Gorge. Je n'ai pas de mot pour décrire. J'ai déjà parlé de folie, mais là... Le sourire vissé jusqu'aux oreilles, à m'en décrocher mâchoire et zygomatiques, je joue avec la foule, au rythme des olas.
Hallucinant. Grandiose. Démesuré. Je n'ai jamais aimé l'aspect commercial UTMB. Le système mis en place pour se qualifier, le prix du dossard, mais je voulais prendre le départ pour vivre au moins une fois dans la vie cette ferveur qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Des centaines de mètres à ne plus deviner le chemin, à voir la foule s'écarter sur son passage, à devenir sourd tant les encouragements sont fous.
J'ai les tympans qui sifflent, qui explosent. D'un coup, c'est le silence. Ça y est, je suis sourd. Je m'imagine déjà en train d'apprendre le langage des signes. La prochaine carrière sera paralympique. Mais non, le grand silence, c'est juste celui de la nuit, la vraie, les spectateurs n'ont pas eu le droit de monter plus haut, ici, tout n'est que calme et nature, la guirlande blanche est devenue rouge (par respect pour la nature, les coureurs ont l'obligation d'avoir une lumière rouge, plus tamisée). C'est Noël avant l'heure.
J'essaie d'être dans ma bulle, me forçant à ne pas accélérer. Les odeurs environnantes me rappellent que je ne suis pas seul. J'aimerais parler de celles du serpolet, de la menthe sauvage, de l'humus épicé sous les sapins, des cèpes et des chanterelles.
Non, c'est moins glamour. Les odeurs, c'est surtout les pets incessants des coureurs. Et pour les bruits, il y a les rots, qui font trembler la roche. L'un de mes coachs (du temps où j'étais licencié en ski à Megève), féru de poésie et de jolis mots, me disait toujours en lâchant une énorme caisse : "qui ni ne pète ni ne rote un jour explose".
Oui, mais quand même...
Au col du Bonhomme, la pleine lune est plus efficace que les halos de nos frontales. Je reconnais l'endroit pour y être passé il y a un an lors de notre traversée des Alpes en famille. Nous avions ensuite pris le chemin du Beaufortain alors que cette fois-ci, je descends sur les Chapieux. Je me force à descendre lentement. Ne pas brûler les étapes, la route est encore longue, tout comme l'est la nuit. Plus de quarante bornes au compteur, un quart de parcours. Comme une lettre à la poste. Je commence à grappiller pas mal de places.
Elle va être belle la nuit.
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| Crédit photo UTMB |
Je n'ai pas d'écouteurs. Pas de ceinture cardio. Pas de montre GPS. Rien de connecté. L'envie d'être dans l'instant. Je vois le trail ainsi, une connexion avec la nature, avec moi-même. Laisser aller ses pensées sans éléments perturbateurs, imaginer déjà les premières lignes du récit à venir. Je me vois à Chamonix, main dans la main avec les enfants, franchissant la ligne en levant nos bras, les jambes fraîches et en feu.
Mais c'est dans la descente qui me mène à Courmayeur que je sens que mes jambes vont être en feu. Au premier sens du terme. Il y a un truc qui cloche...
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| Crédit photo UTMB |
mardi 1 septembre 2026
UTMB - 1ère partie
jeudi 27 août 2026
Bientôt l'UTMB
lundi 10 août 2026
Pyrénées, Vignemale et retour à Gavarnie
mercredi 5 août 2026
Pyrénées, à l'approche du Vignemale
Le soleil disparaît derrière les crêtes, emportant avec lui les dernières rafales de vent, un rituel qui ne nous surprend plus. Un instant de calme où la nature s'endort au même rythme que nous, pour un répit de courte durée. Nous savons qu'au milieu de la nuit, le vent nous sortira de nos rêves de nuit pleine. Les années nous ont ôté les profonds sommeils et cette capacité à effectuer une nuit d'une traite, quelque soit le lieu, sur n'importe quel support. Les enfants dorment pour nous, ils ont cette insolence de ne jamais être réveillés par un sol trop dur, un caillou glissé sous le matelas ou un orage improvisé.
L'aube éclaire notre maison sommaire, en une heure, les tentes sont rangées, le petit déjeuner englouti. Le premier col se pavane devant nous, aucun échauffement pour rentrer dans le vif du sujet. La pente raide et rocailleuse nous fait mettre les mains, les doigts enfoncés dans la roche en espérant qu'elle ne s'effrite pas. Le moindre faux pas pourrait être mortel. Une brèche à 2800m d'altitude, le vent s'y engouffre avec plaisir et nous déstabilise. En contrebas, des blocs de glace gisent dans une étendue d'eau.
-Papa, tu crois que le Titanic gît dans les bas fonds?
Je souris. La magie est partout, plus encore dans l'innocence des enfants.
Au loin, un immense plateau minéral traversé de toutes parts de ruisseaux et lacs cristallins nous attend. Au fil de la journée, notre chemin se perd entre les blocs granitiques, l'espace-temps se distend. À moins d'un kilomètre par heure, notre peine s'emmêle à la fatigue, et l'humeur s'en ressent. Isa n'en peut plus. La randonnée a ses travers et la dose n'est plus supportable.
Enfin, après un nouveau passage de col, les berges d'un lac niché à 2500m d'altitude accueille nos deux abris sommaires. Il est temps de souffler, d'allonger nos corps endoloris. Le pic du Vignemale affiche sa splendeur, demain, nous serons à son pied.
Les sacs tout juste posés, les enfants repartent immédiatement à la decouverte des alentours. Les rires se répercutent sur les parois rocheuses, leur entrain est contagieux, et si les doutes traversent parfois nos aventures, leur insouciance et leur bonheur suffisent à savoir pourquoi nous faisons tout cela, pourquoi nous sommes ici. La vie, la vraie, semble afficher sa valeur dans ces moments loin de tout. Alors, rien ne peut plus parasiter le moment présent.
samedi 1 août 2026
Pyrénées, sur les hauteurs du GR11
Sallent et de Gallego est un village magnifique, plus beau encore que Panticosa. Gris de pierres taillées, avec sa rivière aux eaux turquoises. Nous prenons le temps de manger, un petit déjeuner fait de viennoiseries achetées au passage. La nuit a laissé des traces sur nos visages boursouflés, les chiens du chenil ont hurlé chaque quart d'heure. Encore une nuit chaotique, la veille, le vent avait fouetté notre maigre toile de tente sans relâche. Depuis l'an passé, nous avons opté pour la légèreté, mais le confort s'en ressent parfois.
Le Pourtalet, col mythique, s'échappe sur notre gauche. Le GR11 nous emmène jusqu'au refuge de Respomuso. Le chemin est traversé par de nombreuses rivières, ici, aucune de trace de canicule ni de sécheresse, l'impression d'être dans un monde à part. À chaque pas, je lève la tête, essaie de graver les paysages dans mon cerveau, qui, je sais, finira par se noyer tant je l'inonde de toutes ces vues incroyables.
À Respumuso, un soda plein de sucre accompagne notre repas. C'est mérité, il faut bien quelques récompenses à ces marches folles, et les paquets de bonbons des enfants diminuent à vie d'œil. En ce moment, j'aimerais surtout qu'on fasse un effort sur la nourriture, la vraie, les pâtes, le couscous et le riz, histoire d'alléger le poids de mon sac. Le ravitaillement effectué ce matin lui a donné trop d'embonpoint. Je tire la langue, j'ai peur que mes genoux grincent. Vingt, vingt-cinq kilos peut-être, une estimation à la louche. Qu'importe, il faut avancer.
Les lacs sont innombrables. L'après-midi, cette fameuse après-midi, en voyant les enfants jouer les bergers au milieu des moutons, je comprends. Tous ces efforts, ces gouttes de sueur, ces maux de dos, ces courbatures. Certains diront : tout ça pour ça. Alors oui, j'insiste, tout ça pour ça. La beauté d'un monde sauvage, Isa est en train de lire sous le vent, les enfants rient de rien, de tout. Ici, je me dis que le temps n'a aucune prise, il nous laisse l'essentiel : respirer, être en paix avec nous-mêmes. Alors je répète sans arrêt à qui veut bien l'entendre "c'est beau, hein ?" C'est plus fort que moi, une question qui n'est est pas une et n'a besoin de l'aval de personne, mais j'ai besoin de la poser, d'avoir un consentement, savoir que eux aussi vivent ce que je vis, voient ce que je vois.
Lorsque nous mangeons, Lucas dit qu'il neige. Nous levons la tête. Dans le ciel volent des flocons de cendre. La Terre pleure ses larmes de feu. Le vent venu du nord joue avec les étoiles grises échappées de feux de forêts. Le pays brûle, un nuage grisâtre s'arrête dans la vallée contiguë, plus loin, ce doit être Tarbes, dont les arbres grillés sont décimés à coup de flammes. Le Monde s'embrase, en France, en Europe, partout. La sécheresse, dont nous sommes en partie responsable. La Terre nous envoie ses représailles. Est-il encore temps de trouver une solution. Et surtout, le voulons-nous vraiment ?
jeudi 30 juillet 2026
Les Pyrénées, GR11, Panticosa et Sallent de Gallego
Toujours les mêmes gestes. Chaque secondes, chaque minute, chaque jour. Jambe gauche bras droit, jambe droite bras gauche. Avancer, souffler, respirer, s'arrêter, regarder, repartir.
L'altitude rend les mouvements plus lents, il faut accorder son corps à sa tête, sa tête à son corps. Le paysage, lui, s'accorde à tout. Ici, loin des Hommes, tout est plus doux, plus sauvage, plus lent. Plus beau. Les chemins, trop peu foulés, perdent leurs traces entre prairies et rochers. La carte nous rassure, nous sommes sur la bonne route, et il se passe une journée sans que nous ne croisions le moindre marcheur. Au début, les montagnes nous rappellent les Alpes. Tout ça pour ça, traverser la France pour finalement avoir les mêmes vues... Mais à mesure que nous cheminons, elles deviennent à part, uniques. Oui, les Pyrénées. Ce petit quelque chose de démesuré. Des vallées plus étroites, peut-être. Ou alors les cirques.
Finalement, il est difficile de comparer. Nous sommes heureux. Loin de tout. Des hommes. Du quotidien et de sa folie, qui finit par nous happer sournoisement. Pourtant, nous savons, mais il y a ce fameux engrenage.
Gavarnie était trop fréquenté. Trop proche des routes, des parkings avalant les voitures par milliers. Il y manquait l'authenticité. Mais dès que l'on s'éloigne des sentiers battus, nous retrouvons le silence. Les Izards et les marmottes, déjà grasses d'avoir trop mangé alors que l'été vient à peine de commencer. Notre carte nous indique sur le GR11, et après une longue descente bordée de falaise - un régal pour les yeux -nous faisons une halte à Panticosa. Les maisons sont de pierre, il est midi et la besace est pleine. La chaleur ne nous épargne pas et après une nouvelle heure de marche, nous trouvons un coin d'ombre pour manger. Ce chemin entre Panticosa et Sallent de Gallego est peu à notre goût, mais il faut avancer. Le soir, notre halte se fait au bord d'un lac. Ce que nous ne savions pas, c'est qu'un chenil était juste en face, sur l'autre côté de la berge. Et que les chiens s'en sont donné à coeur joie toute la nuit, qui s'est transformée en calvaire pour nous. Décidément, il nous faut vraiment rester loin de la civilisation !
Lorsque nous replions les tentes, je compte les jours passés. Déjà trois. Dans ma tête, une ritournelle: Se réveiller chaque seconde en ne vivant que pour aujourd'hui. Cheminer toujours, se projeter, s'émerveiller. Ne jamais laisser les doutes ternir la moindre seconde de vie.
Il est temps de se remettre en route.
samedi 11 juillet 2026
Après les Alpes, les Pyrénées
Une culotte enroulée autour d'une pierre. Façon couche pour bébé, afin d'éviter que les bourrasques ne l'emporte. Un peu plus loin, c'est un short. La pierre encore à côté s'est coltiné mon caleçon. Les chaussettes sont disséminées ça et là. Dépareillées. Tout est en train de sécher, sous les humeurs du vent. De loin, on dirait un camp de manouches. Assis entre deux chardons, je regarde les enfants jouer les bergers pour guider les moutons un peu plus loin de notre lieu de bivouac. Isa est en train de lire un livre... Retour aux sources. À l'essentiel. Loin de tout, du monde, de la vie à cent à l'heure, de l'électronique. De toute façon, ici, il n'y a pas de réseau. Le téléphone ne sert qu'aux photos. Immortaliser les souvenirs qui s'effilocheront au fil du temps. Je ferme les yeux. Savoure. L'an passé, à la même époque, nous nous lancions dans notre première épopée. Les Alpes, de Chamonix à Menton. La descente, comme se plaisent à raconter les enfants. Descente au Sud, parce qu'en terme de dénivelé, on était loin de se la couler douce façon "Et au milieu coule une rivière".
Cette année, la carte s'est arrêtée sur les Pyrénées. Examen rapide du topo, Gavarnie sera notre point de départ. Nous avons ensuite le choix, Est ou Ouest. Une pièce jetée en l'air. Face: Ouest. Pile : Est. La pièce vole. Retombe. Pile. Ce sera Ouest. Oui, je sais. Mais sur la carte, les lacs affichés ont finalement raison de la pièce.
À la maison, lorsque je prépare les affaires, les images des Alpes reviennent. Vingt jours de marche, vingt-quatre avec les étapes de repos. Cette fois-ci, ce ne sera qu'une semaine. Une broutille.
Ne rien oublier. Tapis de sol, popote, tentes, affaires de change. Maillots de bain et affaires de plage, parce qu'avant, nous allons nous octroyer une semaine de farniente au bord de l'Océan. À peine arrivés au camping, Lucas chuchote qu'il a hâte d'être en randonnée. Je souris. Savoure. Une pointe (immense) de fierté m'envahit. Je glisse le soir à Isa qu'au moins, nous aurons réussi une chose dans notre vie en tant que parents. Donner à nos enfants le goût de la nature, de l'aventure. D'une vie simple.
La canicule bat son plein. Même l'Océan, affichant ses vingt-six degrés, ne sait plus comment évacuer la chaleur. Fatigué, il nous offre des ersatz de vagues. Nous transpirons à ne rien faire, la moiteur ambiante nous fait croire sous l'équateur, avec la sensation de suffoquer au moindre geste.
Au bout d'une semaine, les montagnes nous appellent. Dans la voiture silencieuse, chacun médite au sort promis. Un panneau indique Gavarnie. Le Tour y a amené ses cyclistes quelques jours auparavant, restent encore quelques banderoles et peintures au sol. Je laisse ma montre dans la voiture et les treize heures trente qu'elle affiche. Un an après, il est temps de retourner au charbon...
jeudi 18 juin 2026
Tout mon soutien à Justine Braisaz-Bouchet
dimanche 7 juin 2026
J'ai quitté mon travail
Hier, j'ai quitté mon travail. Je ne suis pas parti plus tôt que d'habitude. Je ne l'ai pas perdu.
Je l'ai simplement quitté.
J'ai pensé à nos ministres, nos députés, nos directeurs, nos présidents. À la corruption, qui gangrène le pouvoir et à tous ces gens de pouvoir aux salaires improbables. À leur manque de scrupule, à l'argent facile, détourné aussi facilement que lors d'une partie de Monopoly
J'ai pensé à nos belles valeurs humaines, celles que nous défendions sur les bancs de classe ou lors de repas de famille.
Je rêve d'un Monde meilleur. Dans lequel nous pouvons nous regarder dans la glace chaque matin. Sans honte.
Si j'ai de la tristesse, c'est de savoir que l'on peut agir impunément, qu'en haussant un peu la voix, en s'apitoyant sur son sort, les plus grands mensonges sont pardonnés. Savoir que finalement, tant cautionnent ces injustices et que les promesses d'un avenir meilleur ne sont qu'illusions perdues.Que nous défendions auprès de nos enfants. Le respect, l'honnêteté, la bienveillance, le courage.
Aujourd'hui, nous mettons au pouvoir des Trump, des Sarkozy, des Lang, des Cahuzac, pour ne citer qu'eux. Une liste qu'on ne peut énumérer tant elle est longue. Nous sommes dirigés par des menteurs, des voleurs, des profiteurs. Nous applaudissons des Virenque, des Jalabert, des Armstrong. Des Hingis, des Jones et des Lewis.
Plutôt que de nous révolter, nous ignorons, pire, nous cautionnons.
Je rêve d'un Monde meilleur. Dans lequel nous pouvons nous regarder dans la glace chaque matin. Sans honte.
Si j'ai de la tristesse, c'est de savoir que l'on peut agir impunément, qu'en haussant un peu la voix, en s'apitoyant sur son sort, les plus grands mensonges sont pardonnés. Savoir que finalement, tant cautionnent ces injustices et que les promesses d'un avenir meilleur ne sont qu'illusions perdues.
Ma colère finira peut-être par s'apaiser. Comme dans toute séparation, seul le temps saura l'atténuer.
Hier, j'ai quitté mon travail. Je ne voulais plus côtoyer les menteurs ni les voleurs. Je n'en pouvais plus de la lâcheté. Des histoires d'argent. De l'abus de confiance.
Hier, j'ai quitté mon travail.
Mais je l'ai quitté la tête haute.









































