Un site sur le ski, le trail, mes livres, l'écriture, mes aventures...
Mes livres, le ski de fond, mes aventures
Nouveau roman "Trois Petits Pas"
lundi 10 août 2026
Pyrénées, Vignemale et retour à Gavarnie
mercredi 5 août 2026
Pyrénées, à l'approche du Vignemale
Le soleil disparaît derrière les crêtes, emportant avec lui les dernières rafales de vent, un rituel qui ne nous surprend plus. Un instant de calme où la nature s'endort au même rythme que nous, pour un répit de courte durée. Nous savons qu'au milieu de la nuit, le vent nous sortira de nos rêves de nuit pleine. Les années nous ont ôté les profonds sommeils et cette capacité à effectuer une nuit d'une traite, quelque soit le lieu, sur n'importe quel support. Les enfants dorment pour nous, ils ont cette insolence de ne jamais être réveillés par un sol trop dur, un caillou glissé sous le matelas ou un orage improvisé.
L'aube éclaire notre maison sommaire, en une heure, les tentes sont rangées, le petit déjeuner englouti. Le premier col se pavane devant nous, aucun échauffement pour rentrer dans le vif du sujet. La pente raide et rocailleuse nous fait mettre les mains, les doigts enfoncés dans la roche en espérant qu'elle ne s'effrite pas. Le moindre faux pas pourrait être mortel. Une brèche à 2800m d'altitude, le vent s'y engouffre avec plaisir et nous déstabilise. En contrebas, des blocs de glace gisent dans une étendue d'eau.
-Papa, tu crois que le Titanic gît dans les bas fonds?
Je souris. La magie est partout, plus encore dans l'innocence des enfants.
Au loin, un immense plateau minéral traversé de toutes parts de ruisseaux et lacs cristallins nous attend. Au fil de la journée, notre chemin se perd entre les blocs granitiques, l'espace-temps se distend. À moins d'un kilomètre par heure, notre peine s'emmêle à la fatigue, et l'humeur s'en ressent. Isa n'en peut plus. La randonnée a ses travers et la dose n'est plus supportable.
Enfin, après un nouveau passage de col, les berges d'un lac niché à 2500m d'altitude accueille nos deux abris sommaires. Il est temps de souffler, d'allonger nos corps endoloris. Le pic du Vignemale affiche sa splendeur, demain, nous serons à son pied.
Les sacs tout juste posés, les enfants repartent immédiatement à la decouverte des alentours. Les rires se répercutent sur les parois rocheuses, leur entrain est contagieux, et si les doutes traversent parfois nos aventures, leur insouciance et leur bonheur suffisent à savoir pourquoi nous faisons tout cela, pourquoi nous sommes ici. La vie, la vraie, semble afficher sa valeur dans ces moments loin de tout. Alors, rien ne peut plus parasiter le moment présent.
samedi 1 août 2026
Pyrénées, sur les hauteurs du GR11
Sallent et de Gallego est un village magnifique, plus beau encore que Panticosa. Gris de pierres taillées, avec sa rivière aux eaux turquoises. Nous prenons le temps de manger, un petit déjeuner fait de viennoiseries achetées au passage. La nuit a laissé des traces sur nos visages boursouflés, les chiens du chenil ont hurlé chaque quart d'heure. Encore une nuit chaotique, la veille, le vent avait fouetté notre maigre toile de tente sans relâche. Depuis l'an passé, nous avons opté pour la légèreté, mais le confort s'en ressent parfois.
Le Pourtalet, col mythique, s'échappe sur notre gauche. Le GR11 nous emmène jusqu'au refuge de Respomuso. Le chemin est traversé par de nombreuses rivières, ici, aucune de trace de canicule ni de sécheresse, l'impression d'être dans un monde à part. À chaque pas, je lève la tête, essaie de graver les paysages dans mon cerveau, qui, je sais, finira par se noyer tant je l'inonde de toutes ces vues incroyables.
À Respumuso, un soda plein de sucre accompagne notre repas. C'est mérité, il faut bien quelques récompenses à ces marches folles, et les paquets de bonbons des enfants diminuent à vie d'œil. En ce moment, j'aimerais surtout qu'on fasse un effort sur la nourriture, la vraie, les pâtes, le couscous et le riz, histoire d'alléger le poids de mon sac. Le ravitaillement effectué ce matin lui a donné trop d'embonpoint. Je tire la langue, j'ai peur que mes genoux grincent. Vingt, vingt-cinq kilos peut-être, une estimation à la louche. Qu'importe, il faut avancer.
Les lacs sont innombrables. L'après-midi, cette fameuse après-midi, en voyant les enfants jouer les bergers au milieu des moutons, je comprends. Tous ces efforts, ces gouttes de sueur, ces maux de dos, ces courbatures. Certains diront : tout ça pour ça. Alors oui, j'insiste, tout ça pour ça. La beauté d'un monde sauvage, Isa est en train de lire sous le vent, les enfants rient de rien, de tout. Ici, je me dis que le temps n'a aucune prise, il nous laisse l'essentiel : respirer, être en paix avec nous-mêmes. Alors je répète sans arrêt à qui veut bien l'entendre "c'est beau, hein ?" C'est plus fort que moi, une question qui n'est est pas une et n'a besoin de l'aval de personne, mais j'ai besoin de la poser, d'avoir un consentement, savoir que eux aussi vivent ce que je vis, voient ce que je vois.
Lorsque nous mangeons, Lucas dit qu'il neige. Nous levons la tête. Dans le ciel volent des flocons de cendre. La Terre pleure ses larmes de feu. Le vent venu du nord joue avec les étoiles grises échappées de feux de forêts. Le pays brûle, un nuage grisâtre s'arrête dans la vallée contiguë, plus loin, ce doit être Tarbes, dont les arbres grillés sont décimés à coup de flammes. Le Monde s'embrase, en France, en Europe, partout. La sécheresse, dont nous sommes en partie responsable. La Terre nous envoie ses représailles. Est-il encore temps de trouver une solution. Et surtout, le voulons-nous vraiment ?














