J'avais promis. Que ce serait le dernier. Celui pour la route, comme le dit le proverbe. Et après, j'arrête. Je vide les placards et les étagères. Je mets tout à la poubelle. Comme dans les films. Maintenant, c'est fini les conneries. Ça peut plus continuer. Et surtout, faut plus que ça dure.
Ce matin, je me suis encore réveillé avec la gueule de bois. Pourtant, hier, j'avais dit que je serais sage. J'en ai pris un. Puis un deuxième... Ensuite, j'ai pas pu m'arrêter. Je le vois bien, je suis en train d'y laisser ma santé. La journée, je ne pense qu'à ça. J'ai les mains qui tremblent, le coeur qui palpite. Paraît que c'est symptomatique. Oui, je suis accroc. J'ai pas honte de le dire. De toute façon, au point où j'en suis...
Si j'ai honte, c'est de mon état. Surtout vis à vis de mes proches. Isa. Et puis bordel, y'a les enfants quand même. Je serais seul, ce serait autre choses. Mais là...
Avant, je prenais que les grands crus. Maintenant, tout y passe, qu'importe qu'il soit mauvais où bon. Il y a un moment où on fait plus le difficile. Tant que ça apaise. Paraît que c'est un truc dans le cerveau, une histoire de récepteur. L'accoutumance, quoi.
Je sais plus quand ça a commencé. Une chose est sûre, j'étais trop jeune. D'abord une rincée. Au début, j'ai pas trouvé ça formidable. Et puis j'y suis revenu. Comme les fumeurs et leur première clope. La deuxième sera meilleure. C'est ce qui se dit.
Un miroir devant moi. Je regarde ma tronche. Je suis pâle. Un zombie. Forcément, quand on passe des nuits comme les miennes, ça laisse des traces.
Il faudrait que je m'occupe de tout bazarder maintenant, mais j'ai plus le temps. Faut que j'aille bosser. Je le ferai après le taf.
La journée passe, lente, interminable. Je ne pense qu'à ça. À ce qu'il y a dans les placards. Nom d'un chien, faut vraiment que je foute tout à la benne. Ne plus être tenté.
Quand je rentre, les enfants sont déjà là. Je veux pas faire le grand ménage devant eux. Alors j'attends le soir, que tout le monde soit au lit.
J'ouvre un placard. Celui juste à côté des verres. J'ai le sac dans la main.
Je tremble. Dilemme immense. Ça y est, j'hésite. Je l'ai dans main. Je sais plus quoi faire. Foutre ça à la poubelle. Ne pas l'ouvrir. SURTOUT, NE PAS L'OUVRIR.
Le réveil sonne. Sept heures. La gueule de bois.
Pourtant, j'avais promis.
Comme tous les soirs, j'ai encore trop bu LU.




