Une culotte enroulée autour d'une pierre. Façon couche pour bébé, afin d'éviter que les bourrasques ne l'emporte. Un peu plus loin, c'est un short. La pierre encore à côté s'est coltiné mon caleçon. Les chaussettes sont disséminées ça et là. Dépareillées. Tout est en train de sécher, sous les humeurs du vent. De loin, on dirait un camp de manouches. Assis entre deux chardons, je regarde les enfants jouer les bergers pour guider les moutons un peu plus loin de notre lieu de bivouac. Isa est en train de lire un livre... Retour aux sources. À l'essentiel. Loin de tout, du monde, de la vie à cent à l'heure, de l'électronique. De toute façon, ici, il n'y a pas de réseau. Le téléphone ne sert qu'aux photos. Immortaliser les souvenirs qui s'effilocheront au fil du temps. Je ferme les yeux. Savoure. L'an passé, à la même époque, nous nous lancions dans notre première épopée. Les Alpes, de Chamonix à Menton. La descente, comme se plaisent à raconter les enfants. Descente au Sud, parce qu'en terme de dénivelé, on était loin de se la couler douce façon "Et au milieu coule une rivière".
Cette année, la carte s'est arrêtée sur les Pyrénées. Examen rapide du topo, Gavarnie sera notre point de départ. Nous avons ensuite le choix, Est ou Ouest. Une pièce jetée en l'air. Face: Ouest. Pile : Est. La pièce vole. Retombe. Pile. Ce sera Ouest. Oui, je sais. Mais sur la carte, les lacs affichés ont finalement raison de la pièce.
À la maison, lorsque je prépare les affaires, les images des Alpes reviennent. Vingt jours de marche, vingt-quatre avec les étapes de repos. Cette fois-ci, ce ne sera qu'une semaine. Une broutille.
Ne rien oublier. Tapis de sol, popote, tentes, affaires de change. Maillots de bain et affaires de plage, parce qu'avant, nous allons nous octroyer une semaine de farniente au bord de l'Océan. À peine arrivés au camping, Lucas chuchote qu'il a hâte d'être en randonnée. Je souris. Savoure. Une pointe (immense) de fierté m'envahit. Je glisse le soir à Isa qu'au moins, nous aurons réussi une chose dans notre vie en tant que parents. Donner à nos enfants le goût de la nature, de l'aventure. D'une vie simple.
La canicule bat son plein. Même l'Océan, affichant ses vingt-six degrés, ne sait plus comment évacuer la chaleur. Fatigué, il nous offre des ersatz de vagues. Nous transpirons à ne rien faire, la moiteur ambiante nous fait croire sous l'équateur, avec la sensation de suffoquer au moindre geste.
Au bout d'une semaine, il est temps de rejoindre les montagnes. Dans la voiture silencieuse, chacun médite au sort promis. Un panneau indique Gavarnie. Le Tour y a amené ses cyclistes quelques jours auparavant, restent encore quelques banderoles et peintures au sol. Je laisse ma montre dans la voiture et les treize heures trente qu'elle affiche. Un an après, il est temps de retourner au charbon...









