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dimanche 21 juillet 2024

Une histoire Normande

-Papa, il est quelle heure?
-Onze heures.
Deux coups de pédales.
-Papa, on est partis à quelle heure?
-Je te l'ai dit il y a dix minutes. Il était dix heures.
Un oiseau traverse la route.
-Papa, on fait combien de kilomètres aujourd'hui?
-Ça aussi, je te l'ai déjà dit plein de fois. Entre trente et quarante.
La pente augmente, je ralentis la cadence. Pas trop, sinon, avec le poids de la carriole, je ne vais finir par dévaler la pente en marche arrière.
-Papa, c'est quand la fin de la montée?
-J'en sais rien, je ne suis jamais venu.
Mon rythme cardiaque s'accélère, ma respiration également.
-Papa, quand c'est qu'on
-MAIS VOUS ALLEZ FERMER VOTRE GRANDE GU...
Non, ça, c'est ce que je pense très fort, mais vu que les gros mots sont interdits dans la famille et que j'aime les jolies phrases, je m'abstiens. Alors je respire, je dis que j'en sais rien, que de toute façon, je ne suis jamais venu, et que qui vivra verra.
Les petits continuent à pédaler, on fait une pause bonbon, promesse de dix minutes sans questions, et puis on repart.
Hier, on est partis du Havre, périple en famille du côté de la Normandie. En ce qui me concerne, tout le monde sait que l'entraînement à plat au niveau de la mer, il n'y a rien de tel pour préparer des Ultra à haute altitude...


La nuit a été un peu arrosée (dans le premier sens du terme). Mais la Normandie sans nuage et sans pluie, ce ne serait pas la Normandie. On a donc fait étape dans un petit camping tombé à point nommé, les enfants ont couru dans tous les sens pour dépenser leur trop plein d'énergie, et on est reparti au matin avec notre maison ambulante: une vieille carriole qui nous accompagne depuis déjà neuf ans.


Là, on est sur les petites routes en direction de Fécamp, j'ai perdu une basket de secours sur la route, mais vu que je n'ai aucune idée d'où, je ne m'imagine pas faire demi tour pour la chercher. A la mi-journée, on a fait une halte à Etretat, joli coin de paradis envahi par les cars déversant des hordes de Parisiens venus faire trempette à la journée dans les eaux turquoises de la Manche. Je me dis qu'il faudrait revenir dans le silence des jours d'hiver pour apprécier pleinement l'endroit.


On arrive à Fécamp en milieu d'après-midi. Le compteur indique 35 bornes, le prochain camping est à 15 km. Je questionne les enfants (que j'ai soudoyé avec quelques bonbons), on continue?
-Oui, me répondent-ils en chœur. 
-Vous m'impressionnez, je réponds les larmes au bord des yeux, ébahi par leur pugnacité.
-...à condition d'avoir des bonbons et des pizzas ce soir. Et puis une glace.
Les moustiques ne perdent pas le Nord. Tout se paie dans ce bas Monde...
Au sortir de Fécamp, une côte à plus de 20%. Le corps tendu, presque aligné au goudron, je me demande si Madame carriole n'a pas pris du poids. Il faudrait penser à la faire maigrir, celle-là, je ne l'ai pas pesée, mais elle doit bien afficher ses 60 ou soixante-dix kilos. Je n'ose trop rien dire, tout le monde sait que le poids est un sujet tabou pour la gente féminine.
Après deux kilomètres de montée, on revient sur les plateaux qui surplombent les falaises normandes. On avale les kilomètres, je me focalise sur mes pieds, c'est à moi de penser très fort "quand c'est qu'on arrive". Décidément, courir sur le bitume, ce n'est pas mon truc. Je ne sais pas ce qu'il y a de pire entre les montées et les descentes, sachant qu'en l'absence de frein, il faut retenir la carriole à la moindre descente.


Le soir, on fait halte à un camping envahi par les Hollandais. C'est le deuxième débarquement, sauf qu'ils ont bientôt un siècle de retard, les loulous.
Le clocher du village tinte, il est dix heures du soir, Saint-Pierre-En-Port s'endort et nous aussi, trop heureux de nous retrouver en position horizontale après avoir avalé 700 mètres de dénivelé. Qui a dit que la Normandie était plate ?...






Nous continuons notre route en direction du Tréport. Une halte à Veules-les-Roses, une autre après Dieppe. Pour notre dernière journée, il faut trouver le meilleur compromis sachant qu'il faut nous caler avec horaires et lieux des trains. Il n'y a pas énormément de gares et il nous faut rentrer au Havre.
-Sinon, papa, tu peux rentrer en courant chercher la voiture et nous, on t'attend là.
A ce moment, je me demande s'ils sont sérieux ou s'ils ont hérité de mon (très grand) sens de l'humour.
On part au hasard des routes, le train est à 14 heures, il est 9h45, on a tout notre temps. Une heure plus tard, c'est la pause bonbons, on navigue plein Est, la gare, à vol d'oiseau, n'est pas si loin. Pourtant, Isa commence à s'inquiéter. Deux heures plus tard, nouvelle pause bonbons, on passe à côté d'un joli petit village et de son cours d'eau.
-Oh, regardez les poissons, les enfants! Comme c'est mignon.
-Tu es sûr qu'on est dans les temps ? me fait Isa.
-T'inquiète, je lui réponds. Je gère.
On poursuit notre aventure, on fait demi-tour parce qu'on a pris un mauvais itinéraire, un quart d'heure perdu, c'est ça, l'aventure.
Et là, je jette un coup d'œil à ma montre. J'estime grosso modo la distance qui nous reste et d'un coup, ça fait tilt. Je me dis qu'il faut qu'on commence à mettre le turbo.
Au bout de trois heures de route, les enfants me parle de pause bonbons, je leur annonce gaiement que c'est pas le moment, Dieppe est indiqué à quinze bornes, et là, je sais absolument pas comment on va pouvoir y arriver, sachant que depuis le début du périple, on est à 10 à l'heure de moyenne et que je suis le maillon faible.
Je me fais houspiller, je transpire à grosses gouttes, j'ai les jambes en feu, tout le monde me crie "allez papa, t'es trop lent", je me retiens de leur répondre (parce que je peux plus respirer), mais comme cette histoire finit bien, on arrive à la gare juste avant le départ du train.
Avec moi, c'est toujours comme ça, tout est bien qui finit bien (mais entre le départ et l'arrivée, il y a toujours quelques péripéties 😆😆😆)

dimanche 30 juin 2024

Victoire et boue au Bernex Trail Challenge

J'étais ce genre de gamins du "Mistral gagnant" de Renaud, à sauter dans les flaques pour la faire râler. A bousiller mes godasses et me marrer. Dès qu'il y avait de l'eau, je m'approchais sans sourciller, j'y plongeais mes mains pour en retirer deux trois cailloux et les mettre en travers pour stopper le cours. J'avais une passion dévorante pour les barrages et la boue, à y passer des heures et revenir crotté de la tête aux pieds. La boue me collait à la peau, et c'était le cas de le dire, partout où j'allais, je cherchais la meilleure manière de me salir. Avec moi, on laissait de côté les habits blancs, ils revenaient marron et la machine les virait au gris.
Un flaque devant et je ne pouvais m'empêcher d'y sauter à pieds joints, tant pis si autour des camarades me suivaient de trop près, fallait pas jouer avec le feu, je leur disais, vous me connaissez depuis le temps. A six ans, j'avais déjà le bon usage des mots et la répartie... boueuse.
Beaucoup auraient souhaité qu'avec le temps je m'assagisse. Mais un peu à la manière de Peter Pan, le temps n'a jamais eu beaucoup d'incidences sur le gamin qui a grandi. Vous l'aurez constaté, je mets toujours des dossards comme s'il j'étais enfant.
Pourtant, avec l'âge, il a fallu que je me contienne un peu. Ce que je faisais enfant, je ne pouvais me permettre de le reproduire adulte. Bien sûr, j'aurais pu devenir hydrogéologue et construire des barrages, ou alors potier pour garder mes mains dans la boue toute la journée. Mais de l'un ou l'autre, il me manquait une alchimie, peut-être des flaques à sauter de tout mon corps.
Et puis 2024 est arrivé. Un printemps, magnifique, humide à souhait et avare en soleil. Le grand a ressorti ses rêves d'enfants, et surtout ses chaussures du placard.
Depuis plusieurs semaines, il enfile des dossards. Il choisit des courses au profil cassant. Depuis plusieurs semaines, il s'en donne à corps et à coeur joie.
Tout ça pour dire que dimanche dernier, je suis allé du côté de Bernex. C'était pluvieux, tortueux, boueux. Un classique pour les traileurs depuis le début de saison.
J'ai jubilé.
J'en ai pris plein les cuisses, j'ai crépi les chaussures et les vêtements. 
J'ai même fini par gagner. Dans le sac donné au vainqueur, je n'espérais qu'une chose, une pelle et un seau. Histoire de mêler un peu de terre et d'eau et faire un peu l'idiot.

Bref, vous l'aurez tous remarqué, depuis de très nombreux mois, le temps ne nous a pas gâtés. Alors on s'amuse comme on peut (même avec les mots). Faut bien faire passer le temps.
Alors si vous vous demandez la véracité de toute cette histoire à dormir de-boue, je vous laisse y réfléchir à tête reposée. Et peut-être esquisserez-vous un sourire à la vue d'une petite mare pleine de boue.


De la pluie, du brouillard et du vent, mais rien de bien méchant
pour enlever les sourires des participants
(P... Benoît ! Mais quand vas-tu arrêter avec tes jeux de mots à deux balles?!!!)



mercredi 19 juin 2024

Parce que nous le voulons bien

Beaucoup se demandent pourquoi organiser des courses toujours plus dures, toujours plus longues. La réponse est pourtant simple : parce que le public est là. Les participants, toujours plus nombreux, répondent présents. Les listes d'attentes sont interminables, les coureurs attendent chaque année d'être tirés au sort pour faire partie des élus. Ultra trail, Iron man, ultra distances en vélo... Les épreuves sont pléthores, et se déroulent à guichets fermés.
Un pari avec un pote, au cours d'un repas, d'une soirée. Un pari avec soi-même avant tout. Pourtant, beaucoup s'interrogent. Qu'est-ce qui pousse à ?...
L'abnégation. Le dépassement de soi. L'envie de rêver. De faire tomber le chrono. De marcher sur les traces des meilleurs. 
D'exister. 
Dans ce Monde en perpétuelle évolution, ce Monde né il y a plus de 4,5 milliards d'années, nous sommes des grains de poussière, des particules microscopiques d'un tout. Nés pour exister, nés pour disparaître. C'est par passion, par envie d'être que nous nous lançons ces défis. Des heures de joie, de douleurs. Faire face à ses émotions, qui vont et viennent comme une vague d'Océan. Au loin, la ligne d'arrivée, une simple banderole que beaucoup franchiront dans le plus simple anonymat. Qu'importe la notoriété, c'est une victoire sur soi-même, et c'est là, peut-être, la plus belle des victoires.
Les sceptiques chercheront toujours à comprendre, sans accepter. Les détracteurs arbitreront sans jamais admettre ni tolérer. Parce qu'il est question de point de vue, et que le leur à valeur de vérité. 
Oui, mais pourquoi se faire mal à ce point ? 
Le sport à outrance est mauvais pour la santé, mais vaut-il moins que la cigarette ou l'alcool ? Nous connaissons tous les méfaits de ces drogues, pourtant, l'Homme n'a jamais été avare en consommations. Plus de trois personnes sur dix fument en France. Fumer tue, bien plus que d'arrêts de coeur liés au sport.  Notre soif de vie est faite d'excès. Est-ce la peur de la mort qui nous pousse à lui faire un pied de nez ?
La quête de l'inaccessible nous pousse dans nos retranchements, et si beaucoup y ont laissé la vie, il reste une empreinte au sol, indélébile, que nous choisissons de suivre. Aujourd'hui, nous avons traversé les Océans. Nous avons volé dans les airs. Marché sur la Lune. Chaque jour, nous essayons de repousser les frontières de l'infini. Ne pas avoir de limites, sinon celles que nous nous imposons. À tort ou à raison, qu'importe, ne dit-on pas que l'essentiel est d'y croire ?
Il ne faut pas chercher à comprendre, seulement accepter. Notre différence. Pourquoi critiquer, tant que cette différence n'empiète pas sur la liberté de l'autre ?
Chacun est libre de participer. Ce serait mentir de clamer que nous ne connaissons pas la donnée principale : partout où nous posons le pied, nous risquons d'y laisser le reste du corps. Le contester, c'est peut-être nous mentir à nous-même. Ne remettons pas la culpabilité sur les autres.
Personne ne nous oblige à prendre un départ. Nous sommes maîtres de nos décisions.
Vivre et mourir comme bon nous semble. Sans chercher d'autres excuses que celle d'avoir existé selon nos propres envies.



lundi 17 juin 2024

Soutien à l'Ultra Trail du Haut Giffre

Dans une société où tout devient uniformisé, où le cadre et la rigueur viennent faire entrave à la spontanéité, les doigts sont pointés dans une seule et même direction. Il faut un coupable. Une personne sur laquelle vider ses tourments, lorsque ce n'est pas sa haine.

J'ai une pensée. Pour les blessés, pour la famille du décédé, bien sûr. Mais une pensée aussi pour l'organisation de l'Ultra Trail du Haut Giffre. La vie est faite de bonheur, mais aussi de douleurs. Aujourd'hui, j'imagine le traumatisme vécu par toute l'équipe de ce trail. Tous les bénévoles qui étaient présents, car ils sont bénévoles, ne l'oublions pas. Ils sont là pour les autres, leur plaisir n'est que partage. Je sais tous ces mois de préparation pour satisfaire au mieux les coureurs, les nuits aux réunions tardives, le stress récurrent afin que tout soit en place le jour J. Qu'il n'y ait rien d'omis, que tout soit parfait. Pour les autres. Pour nous, coureurs.

On ne le dit jamais assez, la montagne est imprévisible, tout comme l'est la météo. Combien se sont tués en voulant gravir les sommets, ou ne serait-ce que lors d'une banale randonnée. Un pied qui glisse, une chute dans un ravin.

Viendra le jour ou nous porterons systématiquement plainte contre une commune d'avoir laissé un caillou branlant sur un chemin, pour ne pas avoir empêché une pierre de se détacher d'une paroi. Il fut un temps, pas si lointain, où la montagne se méritait. Oui, avant, on disait qu'il fallait être digne d'un sommet. Désormais, on ne compte plus les voies sécurisées, les accès goudronnés, il faut que la montagne soit accessible à tous, qu'importent les moyens.

Depuis des siècles, nous cherchons à savoir, prévoir, anticiper, programmer, deviner. Ne plus laisser place à l'incertitude. Il faut calculer la force du vent, la taille des nuages, l'inclinaison du soleil. J'ai connu une époque où il était possible de prendre le départ d'une course sans certificat médical ni licence, où les blessés repartaient en béquille sans jeter la faute sur un autre. Les participants prenaient un départ en connaissance de cause, nous savions tous que dans un milieu naturel, l'impondérable était un concurrent comme un autre.

Combien d'événement ont désormais baissé les bras, faute de dossiers trop lourds auprès des préfectures. Toujours plus de documents, d'autorisations. Même les écoles n'osent plus se lancer dans de simples sorties scolaires, la peur d'une plainte ou d'une menace pour une simple cheville tordue.

J'imagine combien de sites météorologiques l'organisation de l'Ultra Trail du Haut Giffre a passé en revue. Chaque jour, chaque heure précédant l'épreuve. Nous le savons tous, il y a parfois un Monde entre les prévisions et la réalité.

Ne jetons pas la pierre trop hâtivement. Au risque de me répéter, la Nature est imprévisible et jamais nous ne la contrôlerons. Restons humble et ne cédons pas à la facilité, gardons notre langue dans notre bouche et évitons les paroles inutiles et déplacées, les jugements à chaud. Sans quoi demain, il n'y aura plus d'épreuve, plus de festivité.

Ne resteront que les écrans, support de notre animosité. Et il sera trop tard pour regretter ce temps où nous avions encore un peu de liberté.




vendredi 7 juin 2024

Top 10 à la MaxiRace - Partie 3

Ce que je retiens de l'ambiance de départ de la MaxiRace, c'est sa première ligne droite au bord du lac, au petit matin. Les éméchés du vendredi soir cuvent leurs derniers verres aux premières heures du matin.
Cette année, le départ a été retardé. 2h45 les dernières éditions. 4h45 ce matin, ce qui n'empêche pas un ou deux alcoolos de s'époumoner quelques instants à nos côtés. Vient rapidement la montée du Semnoz, les premières pentes pour un premier sommet, avalé en un peu plus d'une heure et demie. Arrêt aux stands, Titouan a mis son vélo de côté, il me jette des flasques, de quoi manger, je repars à la va vite sans avoir rien rangé, j'en ai plein les mains mais que ne ferait-on pas pour grapiller quelques secondes. A la bascule, j'ai déjà plusieurs minutes de retard, trois ou quatre, j'espère juste ne pas trop en perdre dans la descente.
Surprise mille mètres de dénivelé plus tard: je n'ai quasiment rien perdu sur la tête. Juste une ou deux minutes, mais pour moi, c'est un exploit, d'autant plus que j'ai géré ma descente. Dans ma tête, je me répète sans cesse: mange et sois calme. Une boucle qui n'arrête pas de tourner pour occuper mes pensées.
Passage du Col de la Cochette, descente sur Entrevernes. Tout va bien... Un panneau annonçant un point d'eau à 500 mètres, la pente est moins raide, j'allonge la foulée... et je la raccourcis aussitôt. 
CRAMPES!!!
Non, c'est pas vrai, pas déjà. Trois heures et demie depuis le départ. Je sens que la suite va être difficile. Sur les crêtes d'Entrevernes, ma jambe gauche se tend sans que je ne lui demande rien, je claudique, Ben le Pirate est de sortie. 
Je modifie la foulée, je bois, je repense à ce que j'ai dit à Titouan la veille concernant les cachets de sel, et je prie pour qu'il les ai mis dans son sac.
Une heure plus tard, je suis à Doussard. Isa a rejoint Titouan, je passe en 7ème position.
-Vous avez du sel?
-Du quoi?
-Du sel, les cachets de sel.
Titouan fouille, Isa me change mes flasques, les secondes défilent. Titouan sort un petit tube d'électrolytes, derrière un couple s'engueule au sujet d'une place "et pourquoi tu me cries dessus avec tout le monde autour", la fille tremble, le mec l'engueule, puis la fille l'engueule, et moi je regarde le petit tube d'électrolytes en me disant que c'est pas avec ça que je vais faire disparaître mes crampes. Le chrono continue de tourner, 2mn30, deux claques dans le dos, allez, vas-y mon Ben, je repars en remettant ma chanson du jour mange et sois calme, elle va être longue cette journée si je n'ai que cet air en boîte.
J'avance, je m'éloigne.
Isa et Titouan me regardent partir. M'encouragent. La pression retombe.
Tout à coup, les neurones se remettent en route. Isa regarde le sac de nourriture.
-Euh, tu lui a donné à manger toi?
Petit blanc.
-Non... et toi ?
Gros blanc.
Mes oreilles se sont mises à siffler. J'ai commencé à palper mes poches. Celles de mon short, puis celles de mon sac. 
Vides.
Sueurs froides. Hormis de la boisson énergétique, j'étais reparti sans rien. J'avais un peu moins de trente kilomètres à tenir avant le ravito suivant, trois heures de course. Fallait que ça tienne.
Col de la Forclaz, chalets de l'Aulp. Col des Nantets... Je fais une bonne descente sur Alex, devant, la 5ème place n'est plus qu'à 3mn30, je perds peu de temps sur la tête, et je me prends à rêver d'un top 5.
Sur le trajet, c'est la fête à la boue. Sur certaines portions, je n'en ai jamais vu autant. Les pieds s'enfoncent jusqu'aux mollets.
Menthon, 7h55 de course.
Plus de traces de crampes, par contre, les pieds commencent à chauffer. Bizarrement, je n'ai pas eu de coup de moins bien, je me dis que la gestion a été bonne. Mange et sois calme a fait son effet, même si je n'ai rien mangé depuis trente bornes.
Je fais le plein et je repars, plein d'entrain.
C'est à ce moment là que je commence à payer mon erreur de débutant, ma précipitation à Doussard. Dans la montée du Veyrier, j'ai un gros passage à vide. Je sors un peu de ma course et pense à mes pieds. Je me dis qu'ils seraient mieux à l'air et que moi, je serais mieux à faire des pâtés de boue. C'est la fête à la gadoue, ça glisse dans tous les sens, je bénis mes bâtons et, tant bien que mal, j'arrive au sommet du Veyrier. Deux places perdues.
Je marche en crabe, j'ai les pieds en compote, la descente me paraît interminable mais j'arrive finalement à bon port au Petit Port. 
Ben, steuplaît, arrête avec tes jeux de mots à deux balles (ça c'est la petite voix dans ma tête).


Une dernière ligne droite sous la holà des spectateurs, et je sonne enfin la cloche d'arrivée. 10h09 de course.
Le soir, j'ai proposé à Isa un film d'horreur. Je lui ai montré mes pieds. Ça a marché, elle a fait des cauchemars toute la nuit.



Depuis, c'est la première fois que lors d'une soirée câlin, on me demande de garder mes chaussettes. Je comprends plus les femmes....


jeudi 6 juin 2024

Top 10 à la MaxiRace - partie 2

J'étais donc inscrit pour la MaxiRace. Je pouvais plus faire demi-tour. J'ai toujours eu à cœur d'honorer un dossard. Et je savais que si je prenais le départ, il allait falloir aller jusqu'au bout, quelle que soit la condition du bonhomme. Hormis un abandon à cause d'une tendinite récalcitrante au genou (j'avais poussé un peu trop le bouchon en voulant à tout prix la CCC), j'ai toujours franchi la ligne d'arrivée. Oh punaise, non, j'ai oublié ma première Echappée Belle, craquage à quelques kilomètres de l'arrivée. Bon, passons, sinon, on va pas aller au bout de ce récit...

Côté préparation, je peux pas vous dire que j'ai emmagasiné les heures de course à pied, ce serait mentir. Cet hiver, j'avais repris goût aux dossards en ski de fond. Ma première passion. On ne renie pas ses origines,  avec toujours l'objectif d'une troisième cloche à la Transju. Mais la neige a décidé de faire des siennes, et on ne compte plus les abandons d'épreuves avant même le top départ, faute d'or blanc. Pourtant, moi, j'étais prêt à en découdre. Oups, je digresse encore. C'est mon côté écrivain, décidément, quand on a la passion pour les mots...

Bref, il a fallu reprendre rapidement les baskets début avril. La transition ski-course à pied a été plus que courte. Des dossards sur des formats courts, un bloc de volume de deux semaines début mai avec quelques sorties longues, et un certain 2 juin, je ne pouvais plus reculer. Comme beaucoup de furieux  débiles  tarés  passionnés (dont je fais partie, bien entendu), j'avais hâte d'être enfin le jour J. La veille, j'étais allé voir Titouan, qui avait signé pour être mon ravitailleur. On avait mis en place une stratégie optimale pour les 3 ravitaillements. Il devait se mettre en amont des ravitaillements organisés par l'événement, faire les recharges en eau et nourriture. Il m'avait demandé si j'avais besoin de quelque chose en particulier. Non, juste de remplir les flasques avec de la boisson énergétique Fenioux, me tendre quelques cr'oc&go et deux trois gorgée d'Odevie, et le tour (du lac) était joué. Tu veux pas du sel, au cas-où? m'a-t-il demandé. Je me suis marré. Pour quoi faire? Il y a belle lurette que j'avais pas eu de crampes. Et puis, j'avais fait ma cure de minéraux. Titouan devait faire le suivi à vélo, une rigolade pour lui, cycliste au long cours et adepte des sorties de plus de 10 heures. Isa devait le rejoindre à Doussard pour l'épauler sur les 2ème et 3ème ravitos. J'avais ma fine équipe.

On est samedi matin, il est 3h35. Le réveil sonne. Ou plutôt, Isa me sort du lit "Bouge-toi, tu vas louper le départ". Elle était plus tendue que moi. Pourtant, il me restait encore 1h10 avant le coup de sifflet. M'habiller. Avaler un truc pour pas partir le ventre vide. Remplir mes gourdes. Passer aux toilettes 1 première fois, puis une deuxième. Le fameux "caca de la peur". Désolé, c'est pas très glamour, mais qui n'a jamais connu ça avant le départ d'une course? Aller en voiture à Annecy et trouver une place pour me garer. Rejoindre à pied le sas de départ. Oui, 1h10, j'étais plutôt large.

J'ai eu le temps de tout faire, j'ai même 5mn d'avance au moment de me présenter sur la ligne. Je dis toujours, plus j'arrive tard, moins j'ai le temps de stresser 😁😇. Pourtant je suis, comme qui dirait, tendu comme une arbalète. Un très mauvais souvenir de l'édition précédente avec une belle galère physique, et toujours l'incertitude de la mauvaise forme au mauvais moment. Ensuite, il y a le décompte. 5 (On est beaucoup, là?!)... 4 (J'ai bien fait mes lacets de chaussures?)... 3 (P..., j'ai encore envie d'aller aux toilettes)... 2 (Je crois que je me suis pas assez entraîné) 1 (J'y vais mais j'ai peur)...

C'est PARTI!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


Copyright MaxiRace


Bon, désolé, il se fait tard, pour la suite (et fin?) faudra encore patienter un peu

lundi 3 juin 2024

Top 10 à la MaxiRace - Partie 1

J'aurais préféré pouvoir écrire "Top 5 à la Maxi Race". On est d'accord, ça aurait encore plus causé. Surtout avec le plateau de départ, complètement hallucinant. Ce top 5, même moi, j'y ai cru quasiment jusqu'au bout. Mais il y avait de la boue, et moi, à la fin, j'étais un peu à bout.
Ok, on va arrêter là pour les jeux de mots à deux balles (mais je vais pas m'en priver d'en refaire si l'occasion se présente), et on va rentrer dans le vif du sujet.
La Maxi Race, édition 2024.
Mon retour aux choses sérieuses. Le format long en course à pied, même s'il n'y avait que 94 bornes au départ. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard. Mais bon, des formats de 10 heures de course (à part l'Echappée Belle l'an passé qui reste une course à part tant elle est atypique), je n'y avais plus goûté depuis 2021 et une belle galère à un demi tour d'un certain Mont Blanc.
Je vois venir les mauvaises langues qui me diront que j'étais au départ de la MaxiRace l'an passé, mais elle ne faisait QUE 87km. Donc oui, on peut pas comparer.
Cette année, l'organisation avait mis les bouchées doubles. Vu que la course était à première vue trop facile, elle a corsé le truc en nous rajoutant de la boue. Oh, juste un peu, fallait pas non plus abuser. Si on doit faire une comparaison, ce serait juste de quoi transformer un 3000 mètres en 3000 mètres steeple.


(âmes sensibles, s'abstenir quand même de cliquer)

Comme j'ai le nez creux (parfois, ça m'arrive), j'ai flairé le truc. Fin avril, je m'étais inscrit à la toute dernière minute au Trail du Nivolet Revard, en terres d'un certain Duc de Savoie (Ugo Ferrari pour les intimes).

J'avais décidé de revenir sur cette MaxiRace avec un idée fixe: réussir à prendre du plaisir du début à la fin du parcours.
Hop hop hop, avis aux détracteurs, merci de garder la langue dans votre poche, faire un Ultra Trail de plus de 8 heures ET prendre du plaisir, ça existe.
Oui, tout à fait: au moment de prendre le dossard, et puis quand on franchit la ligne d'arrivée en se disant avec conviction: là, vraiment, c'est la dernière, plus jamais on ne m'y reprendra.

Faire l'Ultra, c'est comme faire de la politique. Il y a un Univers entre ce qu'on dit et ce qu'on fait dans la réalité.
D'ailleurs, je me souviens très bien mon arrivée à la SaintéLyon l'année dernière, en me disant:
TER-MI-NÉ. Ras-le-bol de ces trucs de débiles, là, c'est trop, c'est plus (ou pas) pour moi.
Chose que je m'étais dite également à l'arrivée des Templiers, un mois avant.
Pour ma défense, je vais dire qu'à cette époque, je ne m'entraînais plus, et je comptais sur les doigts d'une main les sorties de plus de deux heures.
Mais il y avait tout de même le discours qui a changé.
Ma promesse avant les élections des courses de l'année à venir.
J'allais y revenir.
En janvier, j'ai ouvert ma boîte mail, avec une invitation pour l'édition 2024 du mini tour du Lac d'Annecy.
J'ai hésité, pesé le pour et le contre.
J'ai visualisé toutes mes galères. Passé en revu mes douleurs, les moments difficiles, toutes ces heures à vouloir abandonné, à me demander pourquoi, qui, ou comment.
Pourquoi, pourquoi, POURQUOI ?!!!!!!!!!!!!
J'ai souri, j'ai vu l'icone de la corbeille.
S'il y avait une chose de sûre, c'est que j'allais jeter le mail dans la corbeille.
Je ne vais pas vous mentir (je ne mens jamais), c'est ce que j'ai fait. Sauf qu'entre temps, j'avais cliqué sur le lien d'inscription pour le remplir en bonne et due forme...