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lundi 17 juin 2024

Soutien à l'Ultra Trail du Haut Giffre

Dans une société où tout devient uniformisé, où le cadre et la rigueur viennent faire entrave à la spontanéité, les doigts sont pointés dans une seule et même direction. Il faut un coupable. Une personne sur laquelle vider ses tourments, lorsque ce n'est pas sa haine.

J'ai une pensée. Pour les blessés, pour la famille du décédé, bien sûr. Mais une pensée aussi pour l'organisation de l'Ultra Trail du Haut Giffre. La vie est faite de bonheur, mais aussi de douleurs. Aujourd'hui, j'imagine le traumatisme vécu par toute l'équipe de ce trail. Tous les bénévoles qui étaient présents, car ils sont bénévoles, ne l'oublions pas. Ils sont là pour les autres, leur plaisir n'est que partage. Je sais tous ces mois de préparation pour satisfaire au mieux les coureurs, les nuits aux réunions tardives, le stress récurrent afin que tout soit en place le jour J. Qu'il n'y ait rien d'omis, que tout soit parfait. Pour les autres. Pour nous, coureurs.

On ne le dit jamais assez, la montagne est imprévisible, tout comme l'est la météo. Combien se sont tués en voulant gravir les sommets, ou ne serait-ce que lors d'une banale randonnée. Un pied qui glisse, une chute dans un ravin.

Viendra le jour ou nous porterons systématiquement plainte contre une commune d'avoir laissé un caillou branlant sur un chemin, pour ne pas avoir empêché une pierre de se détacher d'une paroi. Il fut un temps, pas si lointain, où la montagne se méritait. Oui, avant, on disait qu'il fallait être digne d'un sommet. Désormais, on ne compte plus les voies sécurisées, les accès goudronnés, il faut que la montagne soit accessible à tous, qu'importent les moyens.

Depuis des siècles, nous cherchons à savoir, prévoir, anticiper, programmer, deviner. Ne plus laisser place à l'incertitude. Il faut calculer la force du vent, la taille des nuages, l'inclinaison du soleil. J'ai connu une époque où il était possible de prendre le départ d'une course sans certificat médical ni licence, où les blessés repartaient en béquille sans jeter la faute sur un autre. Les participants prenaient un départ en connaissance de cause, nous savions tous que dans un milieu naturel, l'impondérable était un concurrent comme un autre.

Combien d'événement ont désormais baissé les bras, faute de dossiers trop lourds auprès des préfectures. Toujours plus de documents, d'autorisations. Même les écoles n'osent plus se lancer dans de simples sorties scolaires, la peur d'une plainte ou d'une menace pour une simple cheville tordue.

J'imagine combien de sites météorologiques l'organisation de l'Ultra Trail du Haut Giffre a passé en revue. Chaque jour, chaque heure précédant l'épreuve. Nous le savons tous, il y a parfois un Monde entre les prévisions et la réalité.

Ne jetons pas la pierre trop hâtivement. Au risque de me répéter, la Nature est imprévisible et jamais nous ne la contrôlerons. Restons humble et ne cédons pas à la facilité, gardons notre langue dans notre bouche et évitons les paroles inutiles et déplacées, les jugements à chaud. Sans quoi demain, il n'y aura plus d'épreuve, plus de festivité.

Ne resteront que les écrans, support de notre animosité. Et il sera trop tard pour regretter ce temps où nous avions encore un peu de liberté.




vendredi 7 juin 2024

Top 10 à la MaxiRace - Partie 3

Ce que je retiens de l'ambiance de départ de la MaxiRace, c'est sa première ligne droite au bord du lac, au petit matin. Les éméchés du vendredi soir cuvent leurs derniers verres aux premières heures du matin.
Cette année, le départ a été retardé. 2h45 les dernières éditions. 4h45 ce matin, ce qui n'empêche pas un ou deux alcoolos de s'époumoner quelques instants à nos côtés. Vient rapidement la montée du Semnoz, les premières pentes pour un premier sommet, avalé en un peu plus d'une heure et demie. Arrêt aux stands, Titouan a mis son vélo de côté, il me jette des flasques, de quoi manger, je repars à la va vite sans avoir rien rangé, j'en ai plein les mains mais que ne ferait-on pas pour grapiller quelques secondes. A la bascule, j'ai déjà plusieurs minutes de retard, trois ou quatre, j'espère juste ne pas trop en perdre dans la descente.
Surprise mille mètres de dénivelé plus tard: je n'ai quasiment rien perdu sur la tête. Juste une ou deux minutes, mais pour moi, c'est un exploit, d'autant plus que j'ai géré ma descente. Dans ma tête, je me répète sans cesse: mange et sois calme. Une boucle qui n'arrête pas de tourner pour occuper mes pensées.
Passage du Col de la Cochette, descente sur Entrevernes. Tout va bien... Un panneau annonçant un point d'eau à 500 mètres, la pente est moins raide, j'allonge la foulée... et je la raccourcis aussitôt. 
CRAMPES!!!
Non, c'est pas vrai, pas déjà. Trois heures et demie depuis le départ. Je sens que la suite va être difficile. Sur les crêtes d'Entrevernes, ma jambe gauche se tend sans que je ne lui demande rien, je claudique, Ben le Pirate est de sortie. 
Je modifie la foulée, je bois, je repense à ce que j'ai dit à Titouan la veille concernant les cachets de sel, et je prie pour qu'il les ai mis dans son sac.
Une heure plus tard, je suis à Doussard. Isa a rejoint Titouan, je passe en 7ème position.
-Vous avez du sel?
-Du quoi?
-Du sel, les cachets de sel.
Titouan fouille, Isa me change mes flasques, les secondes défilent. Titouan sort un petit tube d'électrolytes, derrière un couple s'engueule au sujet d'une place "et pourquoi tu me cries dessus avec tout le monde autour", la fille tremble, le mec l'engueule, puis la fille l'engueule, et moi je regarde le petit tube d'électrolytes en me disant que c'est pas avec ça que je vais faire disparaître mes crampes. Le chrono continue de tourner, 2mn30, deux claques dans le dos, allez, vas-y mon Ben, je repars en remettant ma chanson du jour mange et sois calme, elle va être longue cette journée si je n'ai que cet air en boîte.
J'avance, je m'éloigne.
Isa et Titouan me regardent partir. M'encouragent. La pression retombe.
Tout à coup, les neurones se remettent en route. Isa regarde le sac de nourriture.
-Euh, tu lui a donné à manger toi?
Petit blanc.
-Non... et toi ?
Gros blanc.
Mes oreilles se sont mises à siffler. J'ai commencé à palper mes poches. Celles de mon short, puis celles de mon sac. 
Vides.
Sueurs froides. Hormis de la boisson énergétique, j'étais reparti sans rien. J'avais un peu moins de trente kilomètres à tenir avant le ravito suivant, trois heures de course. Fallait que ça tienne.
Col de la Forclaz, chalets de l'Aulp. Col des Nantets... Je fais une bonne descente sur Alex, devant, la 5ème place n'est plus qu'à 3mn30, je perds peu de temps sur la tête, et je me prends à rêver d'un top 5.
Sur le trajet, c'est la fête à la boue. Sur certaines portions, je n'en ai jamais vu autant. Les pieds s'enfoncent jusqu'aux mollets.
Menthon, 7h55 de course.
Plus de traces de crampes, par contre, les pieds commencent à chauffer. Bizarrement, je n'ai pas eu de coup de moins bien, je me dis que la gestion a été bonne. Mange et sois calme a fait son effet, même si je n'ai rien mangé depuis trente bornes.
Je fais le plein et je repars, plein d'entrain.
C'est à ce moment là que je commence à payer mon erreur de débutant, ma précipitation à Doussard. Dans la montée du Veyrier, j'ai un gros passage à vide. Je sors un peu de ma course et pense à mes pieds. Je me dis qu'ils seraient mieux à l'air et que moi, je serais mieux à faire des pâtés de boue. C'est la fête à la gadoue, ça glisse dans tous les sens, je bénis mes bâtons et, tant bien que mal, j'arrive au sommet du Veyrier. Deux places perdues.
Je marche en crabe, j'ai les pieds en compote, la descente me paraît interminable mais j'arrive finalement à bon port au Petit Port. 
Ben, steuplaît, arrête avec tes jeux de mots à deux balles (ça c'est la petite voix dans ma tête).


Une dernière ligne droite sous la holà des spectateurs, et je sonne enfin la cloche d'arrivée. 10h09 de course.
Le soir, j'ai proposé à Isa un film d'horreur. Je lui ai montré mes pieds. Ça a marché, elle a fait des cauchemars toute la nuit.



Depuis, c'est la première fois que lors d'une soirée câlin, on me demande de garder mes chaussettes. Je comprends plus les femmes....


jeudi 6 juin 2024

Top 10 à la MaxiRace - partie 2

J'étais donc inscrit pour la MaxiRace. Je pouvais plus faire demi-tour. J'ai toujours eu à cœur d'honorer un dossard. Et je savais que si je prenais le départ, il allait falloir aller jusqu'au bout, quelle que soit la condition du bonhomme. Hormis un abandon à cause d'une tendinite récalcitrante au genou (j'avais poussé un peu trop le bouchon en voulant à tout prix la CCC), j'ai toujours franchi la ligne d'arrivée. Oh punaise, non, j'ai oublié ma première Echappée Belle, craquage à quelques kilomètres de l'arrivée. Bon, passons, sinon, on va pas aller au bout de ce récit...

Côté préparation, je peux pas vous dire que j'ai emmagasiné les heures de course à pied, ce serait mentir. Cet hiver, j'avais repris goût aux dossards en ski de fond. Ma première passion. On ne renie pas ses origines,  avec toujours l'objectif d'une troisième cloche à la Transju. Mais la neige a décidé de faire des siennes, et on ne compte plus les abandons d'épreuves avant même le top départ, faute d'or blanc. Pourtant, moi, j'étais prêt à en découdre. Oups, je digresse encore. C'est mon côté écrivain, décidément, quand on a la passion pour les mots...

Bref, il a fallu reprendre rapidement les baskets début avril. La transition ski-course à pied a été plus que courte. Des dossards sur des formats courts, un bloc de volume de deux semaines début mai avec quelques sorties longues, et un certain 2 juin, je ne pouvais plus reculer. Comme beaucoup de furieux  débiles  tarés  passionnés (dont je fais partie, bien entendu), j'avais hâte d'être enfin le jour J. La veille, j'étais allé voir Titouan, qui avait signé pour être mon ravitailleur. On avait mis en place une stratégie optimale pour les 3 ravitaillements. Il devait se mettre en amont des ravitaillements organisés par l'événement, faire les recharges en eau et nourriture. Il m'avait demandé si j'avais besoin de quelque chose en particulier. Non, juste de remplir les flasques avec de la boisson énergétique Fenioux, me tendre quelques cr'oc&go et deux trois gorgée d'Odevie, et le tour (du lac) était joué. Tu veux pas du sel, au cas-où? m'a-t-il demandé. Je me suis marré. Pour quoi faire? Il y a belle lurette que j'avais pas eu de crampes. Et puis, j'avais fait ma cure de minéraux. Titouan devait faire le suivi à vélo, une rigolade pour lui, cycliste au long cours et adepte des sorties de plus de 10 heures. Isa devait le rejoindre à Doussard pour l'épauler sur les 2ème et 3ème ravitos. J'avais ma fine équipe.

On est samedi matin, il est 3h35. Le réveil sonne. Ou plutôt, Isa me sort du lit "Bouge-toi, tu vas louper le départ". Elle était plus tendue que moi. Pourtant, il me restait encore 1h10 avant le coup de sifflet. M'habiller. Avaler un truc pour pas partir le ventre vide. Remplir mes gourdes. Passer aux toilettes 1 première fois, puis une deuxième. Le fameux "caca de la peur". Désolé, c'est pas très glamour, mais qui n'a jamais connu ça avant le départ d'une course? Aller en voiture à Annecy et trouver une place pour me garer. Rejoindre à pied le sas de départ. Oui, 1h10, j'étais plutôt large.

J'ai eu le temps de tout faire, j'ai même 5mn d'avance au moment de me présenter sur la ligne. Je dis toujours, plus j'arrive tard, moins j'ai le temps de stresser 😁😇. Pourtant je suis, comme qui dirait, tendu comme une arbalète. Un très mauvais souvenir de l'édition précédente avec une belle galère physique, et toujours l'incertitude de la mauvaise forme au mauvais moment. Ensuite, il y a le décompte. 5 (On est beaucoup, là?!)... 4 (J'ai bien fait mes lacets de chaussures?)... 3 (P..., j'ai encore envie d'aller aux toilettes)... 2 (Je crois que je me suis pas assez entraîné) 1 (J'y vais mais j'ai peur)...

C'est PARTI!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


Copyright MaxiRace


Bon, désolé, il se fait tard, pour la suite (et fin?) faudra encore patienter un peu

lundi 3 juin 2024

Top 10 à la MaxiRace - Partie 1

J'aurais préféré pouvoir écrire "Top 5 à la Maxi Race". On est d'accord, ça aurait encore plus causé. Surtout avec le plateau de départ, complètement hallucinant. Ce top 5, même moi, j'y ai cru quasiment jusqu'au bout. Mais il y avait de la boue, et moi, à la fin, j'étais un peu à bout.
Ok, on va arrêter là pour les jeux de mots à deux balles (mais je vais pas m'en priver d'en refaire si l'occasion se présente), et on va rentrer dans le vif du sujet.
La Maxi Race, édition 2024.
Mon retour aux choses sérieuses. Le format long en course à pied, même s'il n'y avait que 94 bornes au départ. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard. Mais bon, des formats de 10 heures de course (à part l'Echappée Belle l'an passé qui reste une course à part tant elle est atypique), je n'y avais plus goûté depuis 2021 et une belle galère à un demi tour d'un certain Mont Blanc.
Je vois venir les mauvaises langues qui me diront que j'étais au départ de la MaxiRace l'an passé, mais elle ne faisait QUE 87km. Donc oui, on peut pas comparer.
Cette année, l'organisation avait mis les bouchées doubles. Vu que la course était à première vue trop facile, elle a corsé le truc en nous rajoutant de la boue. Oh, juste un peu, fallait pas non plus abuser. Si on doit faire une comparaison, ce serait juste de quoi transformer un 3000 mètres en 3000 mètres steeple.


(âmes sensibles, s'abstenir quand même de cliquer)

Comme j'ai le nez creux (parfois, ça m'arrive), j'ai flairé le truc. Fin avril, je m'étais inscrit à la toute dernière minute au Trail du Nivolet Revard, en terres d'un certain Duc de Savoie (Ugo Ferrari pour les intimes).

J'avais décidé de revenir sur cette MaxiRace avec un idée fixe: réussir à prendre du plaisir du début à la fin du parcours.
Hop hop hop, avis aux détracteurs, merci de garder la langue dans votre poche, faire un Ultra Trail de plus de 8 heures ET prendre du plaisir, ça existe.
Oui, tout à fait: au moment de prendre le dossard, et puis quand on franchit la ligne d'arrivée en se disant avec conviction: là, vraiment, c'est la dernière, plus jamais on ne m'y reprendra.

Faire l'Ultra, c'est comme faire de la politique. Il y a un Univers entre ce qu'on dit et ce qu'on fait dans la réalité.
D'ailleurs, je me souviens très bien mon arrivée à la SaintéLyon l'année dernière, en me disant:
TER-MI-NÉ. Ras-le-bol de ces trucs de débiles, là, c'est trop, c'est plus (ou pas) pour moi.
Chose que je m'étais dite également à l'arrivée des Templiers, un mois avant.
Pour ma défense, je vais dire qu'à cette époque, je ne m'entraînais plus, et je comptais sur les doigts d'une main les sorties de plus de deux heures.
Mais il y avait tout de même le discours qui a changé.
Ma promesse avant les élections des courses de l'année à venir.
J'allais y revenir.
En janvier, j'ai ouvert ma boîte mail, avec une invitation pour l'édition 2024 du mini tour du Lac d'Annecy.
J'ai hésité, pesé le pour et le contre.
J'ai visualisé toutes mes galères. Passé en revu mes douleurs, les moments difficiles, toutes ces heures à vouloir abandonné, à me demander pourquoi, qui, ou comment.
Pourquoi, pourquoi, POURQUOI ?!!!!!!!!!!!!
J'ai souri, j'ai vu l'icone de la corbeille.
S'il y avait une chose de sûre, c'est que j'allais jeter le mail dans la corbeille.
Je ne vais pas vous mentir (je ne mens jamais), c'est ce que j'ai fait. Sauf qu'entre temps, j'avais cliqué sur le lien d'inscription pour le remplir en bonne et due forme...