Je n'ai pas terminé ma MaxiRace
Ok, je viens de tuer tout suspens de ce récit. C'est un peu comme si je vous annonçais en début de lecture d'un thriller qu'ils vont tous mourir à la fin, tués par Monsieur Moutarde avec le couteau à beurre (sans dent et avec bout arrondi, c'est dire si ça peut faire mal).
Cette année encore, et pour la troisième fois d'affilée, j'avais un ravitailleur/suiveur de choc en la personne de Titouan, venu effectuer mon assistance écolo sur son vélo. Adepte des sorties au long cours, ce n'était pas les quelques 200km sur les routes qui allaient l'effrayer.
Malgré une semaine un peu intense au boulot, j'étais prêt à affronter les cimes bordant le lac d'Annecy, d'autant plus que cette année, la course offrait une grande nouveauté: nous allions effectuer le tour dans le sens horaire. Hormis quelques passages communs aux dernières années, nous empruntions des sentiers inédits avec un détour par Talamarche, puis une incursion dans les Bauges après la base de vie de Doussard.
A 1h25 du matin (autant vous dire que je cherche encore ce qu'il a été de la nuit sur l'oreiller), une belle bande d'illuminés s'est mis en quête du tour du lac. Je retiens encore le footing dans la vieille ville pour rallier la ligne de départ, au milieu de tous les fêtards allant de bars en boîte de nuits, marchant de travers et n'arrivant pas à aligner deux mots.
Ces départs nocturnes sont uniques, emprunts d'une atmosphère particulière. Bon, côté atmosphère, c'était la fournaise, avec un thermomètre affichant une vingtaine de degrés à la mise en route du chrono. La journée qui suivrait s'annonçait chaude, et je crois que nous avions tous en tête d'arriver le plus vite possible pour éviter la cuisson complète. C'est comme un steak, il faut qu'il soit saignant pour l'apprécier.
Pour la première fois de ma vie de traileur, j'ai pris un départ extrêmement prudent. A la fin des 15 minutes de plat qui nous menait jusqu'au pied du Veyrier, j'affichais fièrement une centième place.
Ensuite, j'ai commencé à remonter. 70ème dans la moitié du Veyrier, 40ème dans la montée d'Alex. 25ème en haut de Talamarche, avec l'aube qui affichait ses premières lueurs. Je sentais une petite gêne dans la fesse gauche, mais rien de bien méchant. J'ai imaginé une légère contracture. J'étais dans une bonne gestion de mon effort et l'écart avec les premiers était tout à fait correct.
Arrivé à mi-course, Titouan me donne de quoi repartir avec le sourire (repas du roi préparé par Isa, ma compagne : jus de cornichons, purée de brocolis sur son lit de reblochon un an d'affinage et ses asticots qui vont avec, eau-de-vie de choucroute pour le boost). Je repars donc frais comme un gardon en direction des Bauges.
C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à perdre des places. La douleur a lentement fait son travail de sape, titillant légèrement mon genou droit. J'ai eu cette vision de la CCC de 2021, pendant laquelle j'ai vécu un véritable chemin de croix.
La descente du Col de la Bornette a été très compliqué. Malgré les carambars "kipik" et donnent la langue bleue offerts lors d'un point d'eau improvisé.
A Bellecombe-en-Bauges, j'ai fait un long arrêt. Je me voyais encore terminer la course. Ne me restait que le Semnoz, dernier morceau de l'aventure.
Je suis reparti, j'ai fait cent mètres avec des aiguilles dans le genou. Le TFL, c'est un peu cette sensation, qui s'accentue au fil des kilomètres et des flexions.
C'est à ce moment que j'ai dit stop. J'ai décroché le dossard. J'étais à l'embranchement d'une route, j'ai tendu le pouce et fait du stop.
La course était terminée.
C'était mon premier Ultra de l'année, il ne s'est pas terminé comme je l'aurais souhaité.
Heureusement, la petite famille était là pour partager un moment en haut du Semnoz. Mes enfants avaient même prévu des petites pancartes pour m'aider à vendre ensuite mes livres sur mon stand, après la course.
Le sport m'apprend beaucoup. Bien sûr, il y a l'abnégation, la résistance, la résilience. Mais il y a aussi ce plaisir, fondamental. Lorsqu'on prend un départ sur un Ultra, il faut prendre en compte de nombreux paramètres, et comprendre que l'abandon n'est pas une fin en soi. Avoir la lucidité, à tout moment, de faire les bons choix. Les motivations d'un abandon sont nombreuses. Aller au bout, oui, mais pas à n'importe quel prix. La ligne d'arrivée d'une épreuve sportive n'est pas un aboutissement, le sport doit rester un jeu, un amusement, on n'y joue pas sa vie. Ces courses sont des aventures et ces aventures, même hors-normes, ne restent que des courses. J'aurais peut-être pu finir, oui. Mais dans quel état ? Aujourd'hui, ma priorité est de partager des aventures humaines, comme cette traversée des Alpes en famille effectuée l'an passé, tellement plus riche en émotion qu'une course chronométrée qui, somme toute, reste une épreuve individuelle.
Il me reste encore des objectifs cette année, avec cet UTMB en août. J'espère que le corps aura récupéré et que je serai en possession de tous mes moyens.
Et je reste fidèle à mon idée principale : le plaisir d'abord avant de penser au résultat.
Qui vivra verra...
Merci Rossignol, mon partenaire de toujours
Nutripure pour l'énergie
crocandgo pour les barres
Lagolight pour la lampe
Julbo pour les lunettes
Sidas les chaussettes
La MaxiRace et Stéphane Agnoli pour le salon et le dossard

