La veille, nous avons franchi nos deux derniers grands cols. Le premier nous a amenés dans la vallée des Oulettes, grandiose et sauvage. J'avais promis un bon chocolat chaud au refuge. Déception en trouvant ses portes fermées pour cause de travaux. Un bénévole en train de bricoler nous glisse qu'il y a un avantage à tout cela, sachant cette fermeture temporaire, peu de marcheurs viennent en ce moment et l'endroit y est moins couru que d'habitude. Il nous parle du glacier des Oulettes, juste en face de nous, voué à disparaitre d'ici dix ans. C'est dur, nous dit-il, quand on l'a connu épais de plus de cinquante mètres, descendant presque dans la vallée.
Je pense aux enfants de nos enfants, à toutes ces prochaines générations qui, peut-être, ne connaîtront plus la neige ni le froid. La Terre change, les canicules se succèdent et les alertes avec, les informations n'ont plus que ce mot la bouche. Orange et rouge parsèment la carte de France. Mais ici, en montagne, pas de média pour nous rappeler que le Monde va mal.
Le chemin nous emmène au-dessus du glacier des Oulettes pour rejoindre un dernier col. À notre droite, le petit Vignemale. Je propose à notre troupe de faire notre premier "3000", mais personne ne réagit, midi a sonné depuis belle lurette et on pense plus à manger qu'à autre chose. Lucas me reparle de ses toilettes, me demande si je les ai bien prises en photos. Hier, il s'est attelé à la construction de WC de pierre, érigeant une cuvette de granit pour plus de confort. Pas question d'y laisser du papier toilette, depuis notre départ, nous n'utilisons que des feuilles trouvées dans la nature.
En descendant au refuge du Vignemale, nous comprenons que nous retournons à la civilisation. Les marcheurs sont extrêmement nombreux, tous veulent faire le plus haut sommet des Pyrénées. C'est surtout le soir et au petit matin que nous le constatons, lorsque, bien au chaud dans notre tente, les marcheurs ne cessent de nous réveiller en parlant trop fort sans se soucier des tentes éparpillées ça et là.
Les enfants me disent qu'on se croirait sur le GR du tour du Mont-Blanc, noir de monde l'été.
Lorsque nous quittons notre dernier bivouac, je fais le tour du campement. Être sûrs que nous ne laissons aucune trace de notre passage. Pas le moindre déchet. Aujourd'hui, la montagne est devenue un dépotoir, emballages, déchets divers, papier toilette, il y en a partout. J'ai lu récemment que certaines personnes abandonnaient sur place leur campement de fortune, faisant même brûler tente et sac de couchage avant de quitter les lieux, jonchés des restes de leur beuverie du weekend. Et nous payons pour eux, une addition sévère qui interdit désormais de plus en plus le bivouac dans les endroits fréquentés.
Gavarnie n'est plus qu'à une dizaine de kilomètres. Nous choisissons de suivre le GR10 plutôt que de raccourcir le trajet en passant par le fond de vallée. Sur la fin, notre groupe de scinde en deux. Voyant un sentier sur notre gauche, je propose à Éléa de s'y aventurer. Ce sera finalement une petite galère, à chercher notre passage entre de petite
s falaises et de hauts fourrés.
Arrivés à la voiture, aucune trace d'Isa et de Lucas. Éléa reste auprès des sacs et je pars en courant à leur recherche. Au gré de plusieurs allers-retours, je finis par les retrouver dans Gavarnie et me fais houspiller, c'est de bonne guerre. J'aurais pu au moins leur laisser la carte du parcours.
Sur la route du retour, la voiture est silencieuse. Mon texte se finit comme il a commencé. L'impression que nous sommes une semaine en arrière, seules les courbatures nous rappellent que nous avons terminé notre périple. Et puis les cernes sous les yeux. Et les douleurs sur les hanches à cause des sacs trop lourds et des tapis de sol trop fins, sans oublier les ampoules sous les pieds, les coups de soleil, la nuque raide, les lèvres gercées, la fatigue des nuits trop courtes..
Finalement, on est bien contents d'en avoir terminé. De retrouver notre confort. D'avoir des jours de repos.
Comme toujours, après ces efforts, il faut prendre le temps de récupérer. Un mois, une semaine, parfois un jour, avant que déjà, la tête pleine des souvenirs passés, on ne se projette de nouveau sur notre prochaine aventure.



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