Nouveau roman "Trois Petits Pas"

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mercredi 9 septembre 2026

UTMB - 5ème (et dernière) partie

Oui, je sais. Là, ça commence à être L'URMB (Ultra Récit du Mont Blanc).
Je commence à vous Ultra Saoûler. En plus, cette manière agaçante de distiller le récit en différentes parties...
Allez, je ne vais pas en rajouter, place aux faits. Vallorcine dans le viseur. 
J'ai passé l'infernale montée des Tzeppes, la mort dans l'âme. Plus de signe de Simon. Simon, mon pote, mon copain, mon héros. Lui avec qui j'ai passé des moments incroyables, partagé les pires peines, les plus grands chagrins. Notre amitié avait traversé les Océans (ou juste la Mer du Nord, entre Calais et Douvre, 30km au bas mot. C'est pas encore la distance d'un Ultra, mais c'est comme si). Cet Anglais qui paraissait si Français...
Oui, j'en fait des tonnes. Quand on est dans le mal, tout est exacerbé. Simon (à prononcer [SAÏMONE]) a disparu à Trient. Je n'ai pas réussi à le motiver pour poursuivre notre invraisemblable, magique, incroyable épopée. Je viens de perdre un pote incroyable avec qui j'ai partagé trois phrases et quelques onomatopées. 

L'obscurité commence à poindre. Verbe poindre. Au présent: l'obscurité point. Je me pose la question de la conjugaison au futur. Poindra ? Alors au passé... Il pointait ? Poignait ? 
Je n'invente rien. Voilà ce qui m'obsède pendant de nombreuses minutes. La conjugaison du verbe poindre à tous les temps et toutes les formes.
J'essaie d'occuper mon cerveau, je commence à divaguer, je vois des bouts de bois se transformer en pain au chocolat. J'appelle Léonie, il est vingt heures, les boulangeries sont fermées. Elle me suggère une pizza. Je vois les parts dégoulinantes de fromage bien gras, l'image me fait rêver, mais ce n'est pas pour ça que je peux aller plus vite.
J'appelle Isa. Elle est rentrée à la maison avec les enfants. 
-Mais on revient te voir à l'arrivée ! me coupe-t-elle d'un coup, alors que je parle d'abandon.
On cale un horaire, neuf heures demain. Je n'ai aucun intérêt à continuer de marcher dans la nuit. Ou alors en mode zombie, à faire peur aux concurrents pour éviter de perdre trop de places.

A Vallorcine, Léonie ne m'a pas abandonné. Je lui avais suggéré de rentrer. Se reposer. Dormir. Je n'avais pas prévu de lui faire vivre une si longue journée. Mais elle est là, fidèle au poste. Avec la pizza. Le coca. Les bonbons. Le saucisson et les cocktails apéro. Manque plus que la bière et le génépi. Au point où j'en suis, autant se mettre une bonne cuite.
-T'as l'air frais, me fait Léonie en rigolant.

Repas du parfait sportif


On partage la pizza, et il est temps pour elle d'aller dormir. Moi, c'est lit de camp. Je prends mes aises (et surtout une couverture) et surtout, je dors.


Qu'elle va être belle, ma nuit


A une heure du matin, mon téléphone me réveille. Je n'ai pas le temps de décrocher. Je cherche dans mon sac mon téléphone. Je farfouille plusieurs minutes, avant de me rendre compte que mon sac n'est pas mon sac, mais celui de mon voisin. 
Oups. Je trouve mon téléphone et pianote sur l'écran, allongé sur le lit. Un visage me dévisage d'en haut.
-C'est vous Benoît ?
Je souris de toutes mes dents. Oui.
-Ah, on vous cherchait partout. Sur le logiciel, on vous a vu rentrer, mais jamais ressortir. Vous prévoyez de rester encore longtemps? 
Je regarde ma montre.
-Encore trois heures.
La femme éclate de rire.
-C'est la première fois que je vois un coureur peu pressé de rallier la ligne d'arrivée!
Je me tourne, et qui je vois en face de moi?
Simon. L'ami de ma vie. 
-Oh, mon pote, t'es là?
Il me regarde, surpris.
-Yes.
-On va le faire, mon pote. On va y arriver. Toi et moi jusqu'au bout du monde.
Je continue à parler, jusqu'à ce que je me rende compte que Simon... n'est pas Simon. Mais un sosie. Ou quelqu'un qui lui ressemble. Ou alors pas trop. Faut dire qu'en ayant partagé cinq minutes de vie avec Simon (et surtout son dos vu qu'il marchait devant moi), je ne suis plus vraiment sûr de son visage.

A quatre heures du matin, j'ai droit à un massage, avant de repartir. Je traîne. Quatre heures trente. J'ai une envie folle d'y aller. Ce qu'il y a de bien, à cette heure tardive et matinale, c'est que j'ai plein d'amis qui marchent à mon rythme. Oui, passé un certain temps de course, c'est le bal des éclopés. Ceux qui se sont fait une cheville. Un genou. Qui ont une tendinite. Qui ont mal au cerveau. Heureusement, il y en pour qui tout va bien, mais qui mettent juste un peu plus de temps.


Le temps d'une photo


Quand j'atteins la Flégère, dernier point culminant du tour, il fait déjà bien jour. Je discute avec les bénévoles du ravitaillement qui me présentent deux magnifiques parts d'un gâteau crémeux au chocolat. Personne n'en veut, me disent-ils. Et les mouches vont bientôt arriver. Alors je donne de ma personne, je fais un bon geste. En bon samaritain, je les engloutis d'une traite. Pour éviter que les mouches se servent.
Et enfin, Chamonix. La famille est là. Léonie est venue aussi.
L'arrivée se fait avec les enfants, main dans la main. Il est huit heures trente, l'arrivée ne casse pas trois pattes à un canard, à part quelques couche-tard (ou lève tôt), il n'y a personne.


Attente (interminable) des enfants. Enfin, il est là ?!!!


J'aurai bouclé ma boucle. J'avais eu mille scénarios. Rêvé d'un top 20. De pouvoir parler de mes talents d'écrivain. D'avoir enfin une belle occasion de parler de mon dernier bouquin, dont les critiques sont très positives, mais auquel il manque un coup de projecteur pour le mettre en avant.
Bon, ok, je suis finisher.
On m'a cité Courbertin il n'y a pas si longtemps: "L'important, c'est de participer". Pour le moment, pas sûr que je m'en satisfasse.

A l'occasion de cet UTMB, plusieurs records sont tombés. Et figurez-vous que je détiens peut-être l'un des plus grands d'entre eux.
Je suis le coureur qui a passé le plus de temps sur les bases de repos. Temps total: 7h27mn22sec. Si je compte les arrêts intempestifs et les différentes pauses sur le bord des sentiers, j'en suis à près de 8h30.
Il n'y a pas de petite gloire.
Des super-héros, vous connaissiez l'homme araignée, l'homme chauve-souris, l'homme fourmi. 
Mais aucun n'arrive à la cheville de l'homme escargot.

Et bon, de vous à moi, avec un dossard 317, je ne vois pas comment la course aurait pu bien se dérouler.
317, si on enlève le 7 et qu'on inverse le 3 et le 1, ça fait...

Merci ma famille, pour les encouragements et le final
Merci mille fois Léonie pour le temps que tu as pris pour venir
Merci les amis et tous ceux qui m'ont suivi et encouragé, de près ou de loin
Merci à mes partenaires: Rossignol, Cr'oc&Go, Nutripure, Julbo, Sidas, Lagolight, la Foulée d'Annemasse

On se revoit bientôt ;o)




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