Dans nos rêves, le clocher qui laisse les marcheurs tranquilles. Il a terminé sa danse à minuit, l'a reprise à six heures. Nous, on aurait bien roupillé encore un peu. On a refait nos paquetages, puis on s'est mis en route pour Saint-Dalmas Valdeblore où devaient nous attendre viennoiseries et pains frais pour le petit déjeuner. Mais avant cela, huit kilomètres à parcourir et quelques 400 mètres de dénivelé positif. Une bagatelle, surtout le ventre vide. Les enfants, encore fatigués d'avoir dormi par intermittence suite aux gongs de l'église étaient un peu de mauvais poil. Heureusement, il nous restait un bon paquet de bonbons pour leur redonner le sourire.
À Valdeblore, on s'est gavés. Viennoiseries tout juste sorties du four, un pur régal. Même si au point où on en était, on aurait fait un festin de spaghettis crus (qu'on avait dans le sac).
D'un coup, en repartant, avec tout ce gavage de sucre et de gras, on se sentait prêt à aller jusqu'au bout du Monde. Bon, la Méditerranée, c'était déjà pas mal. Mais avant, il fallait qu'on se fasse une ascension de 900 mètres pour atteindre les crêtes, dont le sentier nous emmènerait en direction d'Utelle. Mon sac (et mes jambes (et mon dos) ) en ont eu pour leur grade avec le ravitaillement, nouvelle autonomie pour trois jours, sac alourdi de cinq kilos, sans compter l'eau. Pour la première fois, on savait qu'on allait en manquer. Pas une source ou une rivière avant l'arrêt du soir.
Les enfants, d'un coup, se sont sentis pousser des ailes. Ils se sont mis à chanter à tue tête, courant par tronçons. Il faut dire que de là-haut, nous aurions peut-être la possibilité de voir la Mer. Ils ont fait la montée à un rythme endiablé, dopés d'adrénaline. Qu'importe si en-haut, la Mer se présenterait à nous. L'idée seule de la voir suffisait à motiver chacun de leurs pas, et voir leur allégresse suffisait à nous faire avancer avec sourire. Et effectivement, une fois arrivés en haut...
... on n'a rien vu. La faute aux nuages s'agglutinant sur chaque sommet alentour.
Pendant que nous faisions le chemin aérien des crêtes, Isa est restée sur le GR à peine en contrebas. Croisant un berger, qui avait été contraint de retirer sa vente de fromages en libre service sur une ferme vue à peine en contrebas. Son stock ainsi que la caisse avaient été vidés peu de temps auparavant. Je venais pourtant d'expliquer aux enfants qu'ici, en montagne, les gens respectaient la nature et l'humain. Triste désillusion, de voir que même enmontagne, à 2000 mètres d'altitude, les valeurs disparaissent et ont raison des derniers irréductibles.
Toujours pleins d'entrain, les enfants ont fait leur dernier sommet à plus de 2200 mètres. Puis nous avons entamé la descente, en direction des Granges de la Braque. Dernier passage à plus de 2000. Le ciel s'est couvert. Grêle. Pluie. De toute façon, on était habitué.
On a planté notre bivouac à 1600 mètres. Là-aussi, dernière halte si haute. Douche en eau glacée, petit feu pour se réchauffer. Et au moment d'aller se coucher, Isa pointe du doigt l'horizon, demandant si ce ne serait pas la Mer au loin. Se confondant avec la brume environnante...




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