Après un jour de repos, il a fallu reprendre la route. Neuvième jour de marche, 10ème depuis notre départ. Lorsque je suis allé faire les courses la veille, j'ai eu peur de ne pas savoir comment faire rentrer tout le nourriture dans le sac. Plus les jours passent, et plus nous avons le ventre plus gros que les yeux. Pour ma part, je deviens un estomac sur pattes. J'essaie de me raisonner mais je pourrais manger non stop du matin au soir. Je charge le sac sur les épaules, minimum 25kg, dommage, il n'y a pas de balance pour voir si j'ai fait péter le record. Les enfants s'amusent à essayer de le porter, c'est drôle de les voir faire, on voit à peine leurs pieds. Isa est prête à retourner au combat malgré les douleurs articulaires. Aucun de nous n'aime traverser les villes. Trop long, trop de plat, trop de monde.peu à peu, le GR s'élève. Nous laissons Birançon derrière, encore quelques maisons, puis plus rien. Juste la nature, la chaleur, le soleil qui tape dans le dos. À peine partis, on pense déjà à manger. À chaque panneau, les enfants piquent un sprint pour savoir temps et kilomètres restants jusqu'aux cols. Le GR est bien balisé, même si on se demande parfois si les gars qui ont posé les panneaux n'ont pas un peu picolé, temps et distances augmentent parfois pour diminuer ensuite subitement. Qu'importe, nous ce qui nous intéresse c'est surtout d'avoir le col en visuel. Aujourd'hui, place au col des Ayes, 2450 environ, hors catégorie bien sûr. Là, avec tout ce qu'on a fait, si fallait comparer avec le Tour de France, on les battrait à plates coutures, et en plus on pouvait se vanter d'emporter notre ravitaillement. Moi, j'attends qu'une chose (hormis me remplir la panse), alléger mon sac (justement en me remplissant la panse). Après le repas de midi, j'ai presque deux kilos en moins. Ce soir ce sera encore deux de moins. Ainsi de suite jusqu'au troisième jour, qui va voir mon sac se remplir à nouveau.
Les enfants avancent à grande vitesse, lorsqu'ils doublent d'autres randonneurs, ils enclenchent la troisième pour être sûrs que personne n'arrive à les suivre. Même moi, je tire la langue derrière. Ils ne pensent qu'à une chose, trouver de quoi faire un feu le soir. Nous plantons les tentes juste au dessus de Brunissard, domaine nordique d'Arvieux. Pas de bol, la météo est de nouveau contre nous. À peine le feu allumé, les premières gouttes s'écrasent sur les flammes.
Heureusement, les gouttes se sont arrêtées au petit matin. Les tentes détrempées mises dans le sac à dos, pain raci dans l'estomac, on a filé à Arvieux. C'est là que, presque 20 ans en arrière, j'avais retrouvé 3 potes et siroté une bonne bière avant qu'ils ne m'accompagnent quelques jours lors de ma traversée.
On a marché jusqu'à 15h. Là, je crois que tout le petit monde était rincé. On était sur un replat, à 2200 mètres d'altitude. On a installé les tentes pour les faire sécher, il n'y avait pas un bruit, seulement le souffle du vent. Le soleil nous dorait la peau, nous dominions la vallée, plus bas, on distinguait à peine Château-Queyas. On a joué aux cartes, puis les enfants sont allés jouer les explorateurs. Plus haut, un planeur s'amusait avec les courants ascendants, tout autour, les hauts sommets nous faisaient des clins d'oeil. L'impression -partagée avec le reste de la famille- d'être seuls au Monde. Pas même un marcheur pour s'immiscer dans cette espèce d'osmose. Au fond de moi, la sensation du bonheur à l'état pur, d'être à ma place, ici, loin de tout, du brouhaha de la civilisation. Coupés du reste du Monde, je crois que nous avions tous les 4 envie de prolonger ce moment hors du temps. Et comme par hasard, la nuit a été d'un calme absolu.
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On lit dès qu'on peut |
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Lac au-dessus de Ceillac |
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Réveil vers Brunissard |
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Notre fameuse halte loin de tout |