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jeudi 31 juillet 2025

Entrée dans le Mercantour et arrivée à Auron (pause bobos)

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 En face de nous, le Mercantour. Notre dernier grand Parc avant la Méditerranée. Nous savons qu'il nous faudra plusieurs jours pour le traverser. Aux portes du parc, un bus fait des allers-retours pour vomir les marcheurs par dizaines et dizaines. Ça faisait longtemps que nous n'avions plus vu tant de monde sur les chemins. Le départ a été tardif ce matin. Il était plus de neuf heures lorsque nous avons mis la machine en route. Une heure de marche pour atteindre ce vallon du Lauzanier, où seule la navette peut accéder, afin d'éviter le trafic routier.

La marche est relativement facile, nous longeons l'Ubayette, puis faisons halte peu avant un lac, les petits préférant jouer dans l'eau vive à construire barrages et maisons pour insectes (leur nouvelle occupation depuis quelques jours). Au fil des cols, ils deviennent difficile à suivre. Ils mènent train devant, nous, on essaie d'accrocher les wagons comme on peut, baissant la tête en espérant qu'il ralentissent le rythme avant le sommet. Au passage du Pas de Cavale, nous faisons un tour d'horizon. 

-On va bientôt voir la mer ?

Je désigne un sommet au loin, le mont Mounier. Je leur dis que de là-haut, on la verra certainement.

-C'est celui qui est comme quand on est sur la Lune? 

Oui, si mes souvenirs ne me trompent pas. J'étais alors accompagné par Clara, l'une de mes petites soeurs, qui m'avait rejoint à Larche. Nous avions marché six jours pour rejoindre Menton. 

Nous rejoignons la route qui descend de la Bonnette. Je savoure le vent, un souffle sur les hautes herbes pour en faire des vagues de champs, et au bruissement de l'herbe s'ajoute le chant des sauterelles. Après plus de 300km, les corps commencent à fatiguer. Surtout nos corps de vieux, les enfants, eux, s'endurcissent à chaque pas. Les premières étapes ont été les plus dures pour leurs petites jambes, désormais, ce sont eux qui nous tirent et emmagasinent tous les points à chaque passage de cols. Envolée, l'idée d'enfiler le maillot à pois rouge du meilleur grimpeur. 

À Bousiéyas, ravitaillement crêpes et saucisson. C'en est terminé pour la journée. Nouveau passage en eau glacée en guise de douche, puis extinction des feux bien avant le coucher du soleil. 

Vient alors l'étape d'après. Dans la montée du col de la Colombière, Isa sent une tension sur sa cheville. Moi, c'est le genou. Les kilomètres défilent et le mal empire. À midi, la descente sur Saint-Étienne-de-Tinée nous paraît interminable. Notre halte durera deux heures, difficile de repartir. Pourtant, nous savons qu'à Auron, un logement nous attend. Une réservation de dernière minute dans la station pour changer de la tente et prendre une journée de repos. Nous arrivons tant bien que mal dans le village, Isa prend un rendez-vous ostéopathe pour le lendemain, j'en ai un pour le surlendemain, et au moment de se mettre au lit, le moral est un peu en berne. Pour couronner le tout, Éléa a mal au ventre la nuit et le matin commence avec les vomissements. La gastro qui tombe à point nommé 🙄

Là, je crois qu'on va avoir besoin de toutes les bonnes ondes pour nous aider pour la suite... 


Vallon de l'Ubayette

Lac de Lauzanier

Vue depuis le Pas de Cavale

Montée au Col de la Colombière (l'autre... Les hauts-savoyards comprendront) 

Descente du pas de Cavale


Auron ! La mer se profile 🙂

Rossignol est partout 🙂🙂🙂



lundi 28 juillet 2025

Arrivée aux portes du Mercantour

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Réveil. Plier les tentes. Manger. Marcher. Manger. Marcher. Installer les tentes. Manger. Dormir. 

À lire comme ça, c'est à deux doigts de ressembler à du métro-boulot-dodo. Pourtant, même si les journées se ressemblent dans la forme, le fond nous offre une toute autre version. S'arrêter au cours d'une montée, dans une descente, faire un tour sur soi-même pour savourer, encore et encore. À chaque pas, la vue change, les montagnes sont immenses, et nous si petit. Tous les instants sont propices à l'émerveillement, surtout ici, plus au sud que sur les contreforts du toit de l'Europe, envahi par français et étrangers, qui n'ont mis le tour du Mont-Blanc sur leur liste des choses à faire. Grand bien leur fasse, au moins, les autres coins des Alpes restent sauvages, intimistes. Nous croisons très peu de marcheurs, des journées à les compter sur les doigts de la main, alors qu'ils étaient des milliers sur le TMB,avec Ânes, sherpas et ravitaillements motorisés sur les grands points de passage. Est-ce cela, la montagne ? J'ai toujours pensé qu'elle se méritait, ici elle reste sauvage et c'est ce qui la rend si belle. 

-C'est beau, hein ?! 

Ce doit être la centième fois que je le dis depuis qu'on est partis, voilà plus de dix jours. Onze. Douze. Je ne sais plus. Il faut refaire mentalement chaque étape pour retrouver le fil des jours.

La descente sur Ceillac se fait le ventre vide, on s'est promis un petit déjeuner en arrivant dans le village. Il faut attendre 9h30 pour être attablés avec viennoiseries et pain frais. S'ensuit une montée raide sur le lac Miroir, dont le nom semble désuet aujourd'hui et dont le enfants se plaignent qu'il ressemble à un marais. Je leur raconte qu'il y a 20 ans, son pourtour n'était pas jonché de ces herbes hautes qui le bordent désormais.

-La faute à quoi ? demandent-ils

Réchauffement climatique, sur fréquentation humaine, évolution naturelle... Il y a tant de choses qu'on ignore. 

Au col Girardin, à plus de 2700m, nous prenons une petite grêle, puis la pluie sur la fin des 1000 mètres de descente. Isa a les articulations (vive l'hormonotherapie) qui grincent. Les nuits sont compliquées, celle à venir ne dérogera pas à la règle. Une accalmie nous permet de dresser notre camp. Il est à peine 17h. Juste le temps de se mettre dedans, la pluie reprend son travail de sappe et nous ne ressortirons pas jusqu'au lendemain. Un temps pour écrire, faire avancer nos récits, pendant que nous entendons les enfants réviser leurs tables de multiplication puis tourner les pages de leurs livres juste à côté. 

Au réveil, la neige a encore blanchi les hauteurs. Comme toujours et comme par miracle, la pluie s'arrête lorsque nous nous actions. Il fait quelques degrés, bien trop d'une main pour les compter. Le petit déjeuner se prend contre la chapelle du hameau juste au-dessus. J'ai annoncé la couleur de la journée : un long plat de huit kilomètres avant de changer de vallée. À Fouillouse, petit hameau au-dessus de l'Ubaye, on fait une pause boisson-gâteau dans un gîte d'étape. L'employé est plein d'entrain, sourire vissé aux lèvres. Le courant passe, on parle de la vie dans les refuges, et la discussion se poursuit avec les enfants en marchant. 

-C'est quoi, vraiment, être heureux ? 

Je réfléchis. Savoir apprécier le bonheur chaque fois qu'il se présente. Sourire à la vie. Même quand on se reprend une averse en passant notre grand col du jour. De toute façon, il traîne toujours un rayon de soleil pas loin derrière, il suffit juste d'être (un peu) patient.

-Et le bonheur, alors? 

En finir avec cette interminable descente qui sollicite tant les articulations (Isa), poser les sacs et jouer dans l'eau et construire des cabanes à insectes puisse prendre pour Harry Potter en s'imaginant voler d'un coup de baguette magique (les enfants), les regarder jouer et se satisfaire d'un caillou et d'un bout de bois (moi). Et pour nous tous, prendre une bonne douche chaude dans un arrêt camping à Larche, partager une pizza et quatre cornets de frites. Comme quoi, dans ces moments-là, le bonheur tient à peu de choses... 




Lac Sainte-Anne

Entre Ubaye et Mercantour


Entre Ubaye et Mercantour


Lac Sainte-Anne


Queyras

Lac miroir

Traversée de l'Ubaye


Descente le long de l'Ubaye

Ceillac


vendredi 25 juillet 2025

Moments de pur bonheur dans le Queyras

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 Après un jour de repos, il a fallu reprendre la route. Neuvième jour de marche, 10ème depuis notre départ. Lorsque je suis allé faire les courses la veille, j'ai eu peur de ne pas savoir comment faire rentrer tout le nourriture dans le sac. Plus les jours passent, et plus nous avons le ventre plus gros que les yeux. Pour ma part, je deviens un estomac sur pattes. J'essaie de me raisonner mais je pourrais manger non stop du matin au soir. Je charge le sac sur les épaules, minimum 25kg, dommage, il n'y a pas de balance pour voir si j'ai fait péter le record. Les enfants s'amusent à essayer de le porter, c'est drôle de les voir faire, on voit à peine leurs pieds. Isa est prête à retourner au combat malgré les douleurs articulaires. Aucun de nous n'aime traverser les villes. Trop long, trop de plat, trop de monde.peu à peu, le GR s'élève. Nous laissons Birançon derrière, encore quelques maisons, puis plus rien. Juste la nature, la chaleur, le soleil qui tape dans le dos. À peine partis, on pense déjà à manger. À chaque panneau, les enfants piquent un sprint pour savoir temps et kilomètres restants jusqu'aux cols. Le GR est bien balisé, même si on se demande parfois si les gars qui ont posé les panneaux n'ont pas un peu picolé, temps et distances augmentent parfois pour diminuer ensuite subitement. Qu'importe, nous ce qui nous intéresse c'est surtout d'avoir le col en visuel. Aujourd'hui, place au col des Ayes, 2450 environ, hors catégorie bien sûr. Là, avec tout ce qu'on a fait, si fallait comparer avec le Tour de France, on les battrait à plates coutures, et en plus on pouvait se vanter d'emporter notre ravitaillement. Moi, j'attends qu'une chose (hormis me remplir la panse), alléger mon sac (justement en me remplissant la panse). Après le repas de midi, j'ai presque deux kilos en moins. Ce soir ce sera encore deux de moins. Ainsi de suite jusqu'au troisième jour, qui va voir mon sac se remplir à nouveau.

Les enfants avancent à grande vitesse, lorsqu'ils doublent d'autres randonneurs, ils enclenchent la troisième pour être sûrs que personne n'arrive à les suivre. Même moi, je tire la langue derrière. Ils ne pensent qu'à une chose, trouver de quoi faire un feu le soir. Nous plantons les tentes juste au dessus de Brunissard, domaine nordique d'Arvieux. Pas de bol, la météo est de nouveau contre nous. À peine le feu allumé, les premières gouttes s'écrasent sur les flammes. 

Heureusement, les gouttes se sont arrêtées au petit matin. Les tentes détrempées mises dans le sac à dos, pain raci dans l'estomac, on a filé à Arvieux. C'est là que, presque 20 ans en arrière, j'avais retrouvé 3 potes et siroté une bonne bière avant qu'ils ne m'accompagnent quelques jours lors de ma traversée. 

On a marché jusqu'à 15h. Là, je crois que tout le petit monde était rincé. On était sur un replat, à 2200 mètres d'altitude. On a installé les tentes pour les faire sécher, il n'y avait pas un bruit, seulement le souffle du vent. Le soleil nous dorait la peau, nous dominions la vallée, plus bas, on distinguait à peine Château-Queyas. On a joué aux cartes, puis les enfants sont allés jouer les explorateurs. Plus haut, un planeur s'amusait avec les courants ascendants, tout autour, les hauts sommets nous faisaient des clins d'oeil. L'impression -partagée avec le reste de la famille- d'être seuls au Monde. Pas même un marcheur pour s'immiscer dans cette espèce d'osmose. Au fond de moi, la sensation du bonheur à l'état pur, d'être à ma place, ici, loin de tout, du brouhaha de la civilisation. Coupés du reste du Monde, je crois que nous avions tous les 4 envie de prolonger ce moment hors du temps. Et comme par hasard, la nuit a été d'un calme absolu. 


On lit dès qu'on peut





Lac au-dessus de Ceillac

Réveil vers Brunissard

Notre fameuse halte loin de tout



jeudi 24 juillet 2025

Halte dans le Briançonnais

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 Au milieu de la nuit, le vent se met à jouer avec la toile de tente. L'instant d'après, une vive lumière éclaire nos abris de fortune, suivi du tonnerre, si proche qu'il fait trembler le sol. La nuit sera une succession d'éclairs et de coups de vent, fouettant inlassablement nos abris sommaires. Nuit courte, cela va sans dire. Pluie parfois diluvienne, qui nous pousse au farniente le matin. L'aiguille de la montre tourne, je jette un coup d'oeil régulier à l'exterieur, espérant une accalmie proche. Non loin de là, la neige a blanchi les sommets. Personne n'a envie de bouger, le vent est si fort qu'on entend à peine les enfants dans leur tente à côté.

Pour ce périple, nous avons deux tentes, les enfants ont la leur, plus petite et plus légère (moins de 900g pour une double toile) . J'ai bien farfouillé avant de partir pour trouver notre bonheur. Une marque peu connue en France, sauf que nous n'avons pas pu les essayer sous grandes eaux avant de partir, je n'avais qu'une appréhension, que nous nous retrouvions trempés sous fortes pluies. Elles ont heureusement passé le grand test. 

Une accalmie semble se dessiner. Tout le petit monde se regroupe dans la "grande" tente pour le petit déjeuner. Crêpes, chocolat chaud, oeufs au bacon, muffins, la totale, quoi. Sauf que ça, c'est ce que j'ai vendu aux enfants pour les faire se bouger. Le petit déjeuner, c'est comme d'hab, pain raci et eau glacée. Pour le reste, faut juste avoir une bonne imagination.

Sacs sur les épaules, on arrive dans la Vallée Étroite.

-Papa, y'a la guerre?

Faut croire. La vallée est envahie par les Italiens. Dommage qu'il soit si tôt, sinon on aurait festoyé dans l'un des gîtes sur le parcours. Les Italiens savent remplir les assiettes, c'est bien connu. Mais le pain raci ingurgité le matin est en train de se dilater avec l'eau dans l'estomac, aucun de nous n'a faim. Isa commence à être claquée, elle rêve d'une journée de repos. Juste avant le col de l'Échelle, on tombe sur un couple de Jurassiens. On parle de la Transju, de la vallée de Névache, et à peine repart-on qu'ils offrent aux enfants une grande brassée de barres de céréales. 

Éléa et Lucas ont le sourire jusqu'aux oreilles, et on se permet de leur piquer une barre dans leur sac, mais chut, pas pas leur dire. Passé le col de l'Échelle, on débouche sur la vallée de Névache. Il est temps de faire un point. Briançon paraît inatteignable, et après quelques coups de téléphone, on nous annonce un mobil-home disponible à... 15km. C'est loin, mais la piscine du camping réussit à motiver les enfants. Et les adultes aussi. 3 heures plus tard, les pieds en surchauffe, c'est le bonheur. Enlever les sacs, se commander un énorme Burger frites et dormir dans un lit en se fichant éperdument de la météo.

C'est donc au 9ème jour que nous n'avons RIEN fait (Ah si, on a tiré à la courte paille, j'ai du me coltiner la corvée ravitaillement à Briançon) 

 








mercredi 23 juillet 2025

Arrivée dans les Hautes-Alpes

 Au réveil, les enfants ne pensent qu'à une chose: rallumer le feu de la veille. Ils essaient, en vain, de trouver des braises cachées sous la couche de cendres. Mais un briquet et un bout de papier leur permettent d'entrevoir les premières flammes. Ils auraient pu rester la journée à entretenir le foyer, mais une grande marche nous attend. Aujourd'hui, si tout va bien, nous basculons dans les Hautes-Alpes. Descente rapide sur Modane, ravitaillement, viennoiseries, publication de quelques articles sur les réseaux (on avait promis de s'y coller pour donner des nouvelles 😁), avant de se remettre en route très (trop) tardivement. Plus haut, Val Fréjus nous attend pour le repas de midi. J'annonce joyeusement que ce soir, nous serons au tiers de notre aventure. Déjà. Les jours défilent, nous ne savons plus où nous en sommes dans la semaine, lundi, mercredi, dimanche, qu'importe, chaque pas nous rapproche de la Mer. L'Aventure se poursuit, la galère de la veille est déjà oubliée, c'est aussi ça qui nous permet d'avancer, oublier les peines passées, les douleurs, la fatigue. Voir l'emerveillements des gens que nous croisons et la fierté des petits qui annoncent leur parcours, lire les messages d'encouragement lorsque nous allumons le téléphone (et lorsque le réseau le permet). Je parle du col de Vallée Étroite, franchi il y a presque 20 ans de cela, lors de ma 1ère traversée des Alpes. La montée est longue, au sommet, nous laissons derrière une partie de l'Aventure mais emportons les souvenirs, précieux pour l'avenir. Ce sont eux qui font grandir, chaque jour, les enfants les gravent sur des feuilles de papier, dans leur précieux carnet qu'ils noircissent et colorent au fil de la traversée. Les immenses prairies sont remplies de marmottes, Éléa et Lucas rêvent d'en attraper, alors tout le long de la descente, ils imitent leurs cris perçants. Comme chaque soir, il faut chercher un terrain plat et proche d'un cours d'eau pour poser les tentes. L'heure tourne, il est plus de dix sept heures. Et dire que nous projetions de nous arrêter chaque jour au plus tard à 15h...

Nous trouvons un terrain dégagé dans un vallon. Au-dessus de nos têtes, les montagnes trônent de toute leur splendeur. 

Que la nature est belle. 

Le soir nous endort avec le silence et toutes les images rangées dans un coin de la tête. 






mardi 22 juillet 2025

Jour d'orage

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Tout le monde nous parlait d'une météo capricieuse. Aujourd'hui, pour notre sixième jour de marche, nous devions monter au col de Chavière à 2800 mètres d'altitude pour basculer ensuite sur Modane. Les orages étaient annoncés pour milieu de matinée. Pour moi, nuit minuscule, à peine 6 heures. J'avais peur que les enfants soient fatigués et bougons après la petite nuit, mais ils étaient étonnamment de bonne humeur. Au réveil, ciel bleu. Une fois les tentes pliées, les nuages avaient déjà obscurci l'horizon. Une heure plus tard, de grosses masses sombres s'agglutinaient sur les sommets. Il fallait faire vite, nous scrutions les panneaux annonçant les distances de chaque refuge, espérant que nous arriverions à temps à un abri si l'orage devait éclater. J'avais la tête rivée au ciel. J'avais dejà essuyé de nombreux orages en montagne, mais le faire avec des enfants, c'était une autre paire de manches.

À 9h30, un premier éclair zèbre le ciel. Devant, nous devinons un rideau de pluie. Le refuge se dessine à quelques mètres. Premières gouttes éparses. Les secondes seront grosses comme le poing. Sprint pour arriver au refuge du Roc de Pêche, juste avant que le ciel ne nous tombe sur la tête. À peine le temps de nous décharger de nos sacs, la tempête s'abat dehors. Mais nous sommes à l'abri. Il s'est était fallu de peu. Peu à peu, le refuge se rempli de marcheurs détrempés. L'orage est de courte durée, Trente minutes plus tard, nous sommes de nouveau dehors. Il va falloir jouer serré, le prochain refuge est annoncé à 2h30 de marche, et nous savons pertinemment que le ciel va de nouveau se couvrir dans la matinée, bien qu'il fasse de nouveau beau. Ce sera le jeu du chat et de la souris. Au bout d'une heure, le ciel est de nouveau menaçant. Nous avançons plus vite que l'horaire indiqué. Le vent souffle de nouveau fort. Chacun fait ses paris, à savoir où se trouve le refuge. Derrière la grande bosse qui se dresse face à nous? Quarante minutes de marche ? Davantage ? 

Je croise les doigts à chaque goutte, le vent est tempétueux. À gauche, le col de Vanoise est déjà sous l'orage. Les housses de pluie sont déjà sur nos sacs. On ne va pas y couper, cette fois-ci. Pourtant, lorsque le vent forcit et nous amène les premières salves de pluie, le refuge se dresse devant nous. Sprint pour aller se mettre de nouveau à l'abri. 

Cette fois-ci, l'orage dure plus de deux heures. Le refuge, vide lorsque nous arrivons, est bondé en début d'après-midi. Chacun prend son mal en patience, attendant que le ciel se dégage. Après deux heures et demie d'attente, le ciel semble se dégager. Nous faisons notre paquetage et partons à la hâte. Le col est indiqué à une heure de marche, les enfants enfilent une veste de pluie et nous nous mettons en marche, croyant que cette fois encore, nous passerons entre les gouttes, d'autant plus que les prévisions annoncent une après midi plutôt calme. Sauf que... 

Sauf qu'à peine quinze minute plus tard, le ciel nous tombe sur la tête. Rien pour nous abriter, et nous n'avons pas le temps d'enfiler des couches supplémentaires. 2600 mètres d'altitude, la limite pluie-neige est à peine au-dessus. Je suis en T-shirt, les enfants sont en pleurs, gelés, difficile de prendre la bonne décision, à savoir retourner au refuge ou poursuivre notre route. Heureusement pour nous, la pluie cesse, ne reste que le vent. 

Marcher, ne pas s'arrêter, surtout. Les enfants suivent, têtes basses, on leur réchauffe les mains, et à force d'encouragements, le pleurs cessent et le col se dessine. Derniers mètres, un rayon de soleil sous des rafales de vent, avant de basculer de l'autre côté du col. À mesure que nous nous éloignons du col, le vent faiblit. Les paysages sont magnifiques et nous recommençons à les apprécier avec la chaleur qui revient. Pourtant, la route est longue pour nous mener jusqu'à notre lieu de bivouac, en bordure du Parc National. Notre hâvre de paix se trouve en bordure de rivière, cerise sur le gâteau, nous pouvons allumer un feu de joie, pour le plus grand bonheur des petits. 








lundi 21 juillet 2025

La Plagne - Pralognan, 5ème étape

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Pas de réveil pour repartir. On a fait nos bons gros lève-tard, quand on a regardé la montre il était déjà plus de sept heures. Oeufs au plat le matin, pain frais, lait, repas du roi. À tel point qu'on s'est mis en route à 9h45. Oui, je sais, en lisant ceci vous vous dites forcément qu'on est une famille de fainéants. D'un autre côté, l'étape à venir allait être de la rigolade, seulement 1200m de dénivelé négatif et 600 de positif pour 24 bornes. On s'est donc enquillé une minuscule montée pour basculer sur Champagny en Vanoise. Jusque là, tout allait bien. C'est à mi-descente que l'affaire a dérapé. Voyant le chemin zigzaguer en contrebas, mes vieux démons sont ressortis. J'ai voulu couper. Les enfants, dans toute leur innocence, m'ont suivi sans sourciller. Connaissant le lascar, Isa a préféré rester sur les sentiers battus. Bien lui en a pris, diront certains lecteurs avisés, vu que dix minutes plus tard, j'étais perdu avec les enfants dans une jungle inextricable aux pentes de plus de 60%. Pour leur faire passer la pillule, je leur ai vendu notre détour comme de l'Aventure, de la vraie de vraie. Bien sûr, je n'avais pas prévu les orties ni les ronces, encore moins les passages à gadouiller dans la boue. Mon bourrage de crâne a marché à 200% étant donné que de retour sur le chemin, les mollets lacérés et couverts de boutons d'orties, ils se sont vantés auprès de leur maman d'avoir traversé la plus terrible des jungles de Savoie.

Arrivés à Champagny, on a acheté un pot de blanquette de veau aux légumes et rechauffé tout ça sur la place centrale. L'épicier qui nous a vendu la blanquette, impressionné par le courage des enfants, leur a gentiment offert deux glaces. Un petit moment de bonheur pour nos deux marcheurs toujours plein d'entrain. Ensuite, il a fallu retourner au charbon. On a voulu couper, éviter le sentier qui redescendait dans la vallée pour remonter ensuite. Mais en contrepartie, six kilomètres de route à venir. 

Un kilomètre de bitume, ça use, ça use... Cinq kilomètres de bitume, ça use le moral, les baskets, ça chauffe les pieds, bref, dès qu'on a pu, on est repartis sur un sentier en bord de rivière. Les enfants, commençant à trouver le chemin long, m'ont demandé de leur raconter une blague ou une histoire. Je leur ai sorti le meilleur de mon répertoire, tiré d'un bouquin de nouvelles d'un auteur au nom de grotte.

C'est une histoire muette:

-... 

-... 

-... 

J'étais tordu de rire. Pas eux. Faut croire que je suis aussi piètre narrateur qu'humoriste. Pas de bol, je leur ai dit, il y a des millions de pères sur Terre, et il a fallu que vous tombiez sur moi ! 

Heureusement, après une douzaine de kilomètres, nous avons débouché à Pralognan, magnifique village niché au coeur de la Vanoise. Autour de nous, d'immenses et majestueux sommets, de nombreuses rivières coulant de glaciers (il en reste encore, mais pour combien de temps, sic...) perchés sur les hauteurs. Probablement les plus belles vues depuis notre départ. Nous avons trouvé notre lieu de bivouac à proximité d'une rivière. Malgré la fatigue de la journée, lorsqu'il a été l'heure d'éteindre les lumières (que nous n'avons pas), de fermer les yeux (difficile avec cette foutue lumière du jour), impossible de trouver le sommeil. Je ne sais pas ce qui s'est égaré dans nos victuailles ou ce que nous avons bu, il y a probablement eu un échange d'une gourde chargée d'un pot Belge d'un des coureurs du Tour de France parce que c'est un peu comme si d'un coup, nous avions trop d'énergie à revendre. Les enfants ont fait la java tout le début de nuit, et ce n'est pas le tonnerre qui grondait mais la voix de leur père. Faut croire qu'en matière d'autorité, j'ai encore du boulot parce qu'à minuit, l'affaire n'était pas encore réglée. 

Faites des gosses, qu'on disait ?! 

Mais peut-être était-ce finalement lez prémices de ce qui allait nous attendre le lendemain...